My Benedict Butterfly. Chapitre 4

My Benedict Butterfly. Chapitre 5
My Benedict Butterfly Chapitre 3

My Benedict Butterfly. Chapitre 4

 

QUARANTE JOURS AVANT.

DÉCOMPTE.

poudre&papillon

 


 

Jour J moins quarante, le rugissant.

 

            Un soir, dans la chambre rose poudre, parquet chêne clair, tapis épais, volets fermés, draps de satin blanc et vêtements éparpillés. L’ambiance n’est pas du tout à la galipette. Et Barbara Cartland n’a jamais foutu les pieds dans cette chambre, ça l’aurait tuée !

            Patrick, la quarantaine écrite en creux sur son front dégarni, les sourcils froncés, fouille dans les placards, les tiroirs et les armoires, en mettant consciencieusement le bazar mais il s’en fout ! Il doit les retrouver, c’est important, merde !

            Adossée à la tête de lit en bois blanc, un livre ouvert sur les genoux, Sabine, la quarantaine crémée aux antirides de nuit complément idéal à la crème de jour, les yeux étrécis de suspicion, regarde Patrick qui s’agite. Ça l’agace tout ce foutoir qu’il lui met dans la chambre. Ça va encore être pour sa pomme, bien sûr.

            Elle se remet à lire, n’y arrive pas et soupire de plus belle.

–         M’enfin, aboie-t-elle brusquement, qu’est-ce que tu cherches dans mes culottes, Patrick ?!

–         Hein ? sursaute ce dernier. Tes culottes ??! …

Patrick reste en suspend quelques secondes un slip tanga en dentelle rose dans les mains cherchant un sens aux paroles de Sabine. Ses culottes ? Qu’est-ce que ses culottes ont avoir avec mes chaussettes… ? Puis, la lumière ne venant pas éclairer son esprit chagriné, haussant les épaules, il continue ses activités ingrates de spéléologie vestimentaire, irrité par l’intervention intempestive de Sabine.

–         Dis, Sabine, t’aurais pas vu mes chaussettes de contention par hasard ? demande-t-il contrarié.

–         Ah, c’est ça que tu cherches !?… dans mes culottes… fait Sabine désabusée. Ben, non Patrick, je n’suis pas garde-chaussette !… Et tu rentres à quelle heure demain soir ? l’agresse-t-elle tout à coup. Et les vannes étant ouvertes, elle laisse libre court à sa mauvaise humeur. Parce qu’il y a la réunion parents-professeur de Robin demain soir ! Ça prend toujours douze milles ans ces conneries ! Alors j’aimerai bien connaitre un tout petit peu tes horaires, parce que je dois un chouïa m’organiser, tu comprends !… Tu seras là, au moins ?!… crache Sabine en voyant que Patrick ne l’écoute pas. Puis, elle aboie de plus belle. Elles n’sont pas dans ton tiroir tes chaussettes ?!

–         Ben non ! s’énerve Patrick à son tour. Tu vois bien que non, elles ne sont pas dans mon tiroir mes chaussettes ! Je ne suis pas demeuré quand même ! répond-t-il en cherchant discrètement à nouveau dans son tiroir, des fois que… Han, merde, ça fait chier ! J’en ai besoin pour partir demain ! Sinon avec l’avion, je vais encore avoir des chevilles comme des poteaux !

–        Évidemment, je comprends, c’est gonflant ! ironise Sabine arrosant d’essence l’humeur de Patrick devenue susceptible. Et donc, tu rentres à quelle heure demain soir avec tes chevilles gonflées ? Si ce n’est pas trop te demander, bien sûr…

–        Je ne rentre pas ! réplique Patrick hargneusement. Et sur le ton doctoral du professeur expliquant un concept ardu à un élève particulièrement rétif aux explications, il précise, je rentre jeudi matin comme je te l’ai déjà dit, c’était moins fatiguant pour moi. Surtout que je repars en fin d’après-midi, en train. Donc Demain matin comme je te l’ai expliqué hier soir, c’est Hervé qui nous conduit à l’aéroport, tu ne devras donc pas te lever. Par contre jeudi matin, il faudra que tu viennes me chercher et que tu me re-déposes l’après-midi et, enfin, que tu reviennes me prendre au train samedi après-midi. Je te laisserai une note, ça t’évitera de te tromper ! Et puis c’est mieux pour toi comme ça ?! Non ? Tu devras moins courir, conclue-t-il plein d’un sentiment de satisfaction condescendante.

            Sabine reste quelques instants estomaquée par le ton avec lequel il lui parle. Puis l’information ayant atteint un niveau de conscience suffisant, elle raille.

–        Mais bien sûr, Patrick ! C’est merveilleux !… Je suis vraiment ravie de te servir de taxi ! Et en attendant, je me tape la réunion de Robin toute seule. Une fois de plus… enrage-t-elle entre ses dents.

            Mais Patrick ne l’écoute déjà plus. Il continue de mettre le linge sans dessus-dessous dans les tiroirs. Et il ne cache plus son agacement face à des recherches aussi triviales qui lui font perdre son temps si précieux. Ce qui ne calme pas les nerfs déjà passablement tendus de Sabine.

–        Ah ! Chuis sûr de les avoir mises au sale ! s’exclame Patrick. Tu n’aurais pas dû les lavées, Sabine ?! Faudrait pas faire une lessive là bientôt ?!… continue-t-il sur le ton du professeur qui prend sur lui mais dont la patience arrive au bout.

–        Comment ça « tu n’aurais pas dû les lavées, Sabine, faudrait pas faire une lessive, Sabine » ?! gronde celle-ci en s’échauffant dangereusement. Si c’est pour demain, je ne vois pas bien ce que ça va changer de toute manière ! Fallait en parler avant, Patrick… Tu seras donc prié de ranger tout ce bordel que tu me mets dans notre chambre, Patrick ! Parce qu’y’en a marre de dormir tout le temps dans du bazar ALORS QUE JE RANGE CETTE CHAMBRE TOUTES LES CINQ MINUTES, PATRICK !!

Ce dernier sursaute une fois de plus, surpris par la rage soudaine exprimée par Sabine. La colère subitement tombée comme un soufflé trop vite sorti du four, et regardant autour de lui, perplexe car même lui ne peut nier l’étendue des dégâts, il bégaie.

–        Ah ! oui,… oui euh,… ben désolé……

            Patrick, se dépêche de remettre pêle-mêle les sous-vêtements dans les tiroirs. Et penaud, il balbutie.

–        Voilà, ma chérie, je… euh….. C’est fait…

            Il s’arrête abruptement, et tout à coup frappé par une idée effrayante, son menton choit. Il ouvre de grands yeux inquiets et susurre prudemment…

–        T’as tes règles !?

–        AAAAGRRRrrrmfff… explose Sabine, exaspérée, une envie de meurtre aux bouts des doigts.

      Alors, pour ne pas arracher les yeux suppliants et angoissés de son exaspérant et bordélique gentil petit mari, elle prend une grande bouffée d’air, serre les dents puis expulse violemment par les narines tout ce qu’elle ne peut extérioriser de son exaspération.

Mffouuuu !

     Sabine s’accroche aux draps de satin blanc.

   Retenant douloureusement le flot de cette énorme colère par trop inexprimable, elle sent sourdre le gris de la déprime lui envahir sournoisement tous ces synapses.

    Les nerfs tendus au maximum, Sabine claque son livre sur la table de chevet rose, éteint sa lampe de chevet rose, s’allonge sous les draps de satin blanc, souffle, se tourne, montre un dos qui tire la tronche à cette autre moitié du lit qui lui vrille les nerfs et ferme bien fort les paupières pour signifier qu’elle dort, elle. Parfaitement!

            Patrick, lui, mal à l’aise, continue, en catimini, à chercher ses indispensables chaussettes de contention. Prudemment, en jetant des coups d’œil inquiet, il surveille le dragon qui sommeille dans le grand lit. Pas si grand que ça, lui semble-t-il, tout à coup encombré et douloureusement conscient de son grand corps. Mais enfin, il a bien le droit de chercher, quand même ! C’est vrai quoi, c’est chiant de gonfler des chevilles, ça fait mal, elle n’s’rend pas compte ! se plaint Patrick en son for intérieur.

            Enfin, après encore quelques minutes d’une vaine et culpabilisante recherche, résigné, il ferme et prend sa petite valise de voyage avec l’intention de l’emmener hors de la chambre, pour ne pas déranger Sabine demain matin quand il se lèvera aux aurores. Ben, oui, il sait être délicat, lui, même si tout le monde ne s’en aperçoit pas !

            Patrick, le cœur fendu mais la conscience digne, se redresse et prend son petit bagage cabine. C’est au moment de soulever sa valise qu’il s’aperçoit que cette paire de chaussette si frénétiquement cherchée était juste sous son bagage. Il étouffe alors un cri de joie et soupire discrètement de soulagement. Goûtant silencieusement son bonheur, il met ses précieuses chaussettes dans son bagage. Il porte la valise hors du nid conjugal, revient, ferme précautionneusement la porte de la chambre rose poudre, range trois quatre bricole autour du lit et, avec le sentiment du devoir accompli, se couche. Puis il éteint sa lampe de chevet rose. Et enfin, le sourire aux lèvres, s’endort aussitôt, rasséréné par la promesse d’une nuit paisible l’accueillant dans ses bras voluptueux de satin blanc.

            Mais dans le noir de la chambre rose poudre, cependant, il en va tout autrement pour l’autre moitié des occupants de la couche. Et, de l’autre côté du lit, alors que Sabine, une conscience aigüe de la joie secrète de Patrick plantée dans le cœur, ouvre les yeux, un gémissement, tout à coup, emplit de son chuintement le silence de la nuit.

Hhhhhuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu

Cette plainte déchirante sort tout droit du cœur de Sabine qui se gerce sous l’effet du froid intense du chagrin et de la colère. J’étouffe, j’ai mal. Comme un bruit lancinant, au loin, les mots tournent en rond sans fin et creusent l’abime dans lequel son esprit est en train de tomber. Les crochets maléfiques de l’insomnie plantés dans ses pensées, Sabine souffre. Car subitement, froissés sur le lit conjugal, dans la lumière blafarde de la lune, les draps de satin blanc semblent devenus à ses yeux, odieusement gris…

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