Lettre à ma solitude

Lettre d'adieu à ma honte
Lettre ouverte à mon chagrin

2 illustration du livret La Sainte Trinité des «Moi» en vente sur Amazon kindle

Lettre à ma solitude

Toi, ma solitude, je t’écris parce qu’aujourd’hui tu me fais mal.

Certains aimaient à crier qu’ils mourraient de solitude, qu’on les avait abandonné, qu’on les avait meurtri en leur refusant  les bras, des baisers ou mieux encore d’être resté sans satisfaire à leur besoin d’être aimé. Ils l’ont hurlé ou chuchoté à tous les gens qu’ils rencontraient en nombre puisque c’est leur métier de rencontrer beaucoup ou à tous leurs amis facebook puisqu’ils sont connus et appréciés ou encore à tous leurs proches qui sont toujours là autour d’eux attentifs à leur cœur brisé. Ils vous ont accusé et vous ont quittés puisque vous ne les aimiez plus, vous soulageant de leurs reproches incessants que vous leur rendiez avec intérêts, car vous non plus, vous n’êtes pas parfaite. Ils ont couru aussitôt dans les bras d’autres qu’ils ont alors follement aimé en pleurant que vous les aviez si mal aimés et rejetés, qu’avec vous ils se sentaient si seuls et abandonnés. Et pourtant ils vous enviaient votre chance à n’être pas malheureuse avec vous-même. Ils souffraient de solitude quand ils ne la connaissaient pas et parce qu’ils ne savaient pas, même un instant, être seuls avec eux-mêmes.

Alors que, Dieu sait s’ils vous ont laissés isolées dans votre salon à les attendre alors qu’ils jouaient sur leur ordinateur dans leur bureau. Dieu sait s’ils ont refusés de vous accompagner à boire un verre, à marcher, à sortir, parfois même juste à discuter. Dans ce temps là, il y avait l’autre et vous. Ensembles mais chacun de son côté. Puis séparés mais reliés. Jamais vraiment satisfaits, jamais vraiment apaisés.

Et puis un jour, épuisé, le vent de la tempête s’est calmé. Alors vous avez pensé, chacun de votre côté que la transition était faite, que vous aviez trouvé le bonheur avec une autre, pour lui et l’équilibre toute seule, pour vous. Mais c’était sans compter sur l’amour. Parce que, par un mystère incompréhensible, alors que vous, vous étiez enfin seule et si soulagée de n’avoir plus à supporter les gesticulations d’ego blessé et égaré de l’autre, vous disant que le vôtre vous prenait déjà suffisamment de temps, un matin d’automne comme un été indien, vous vous êtes réveillée et soudain sa présence affolée vous a manqué. Car l’amour qu’force de le nier ou d’en avoir peur, vous n’aviez pas expérimenté, était là, sagement tapi au fond de ce cœur que vous aviez enfermé et a resurgi d’un coup, pour vous terrasser.

Alors, tout va à nouveau de travers. C’est à nouveau le cataclysme des émotions mais cette fois, c’est vous qui le hurlez, le criez, le souffrez au plus profond de vos entrailles. Alors l’autre, bouleversé, souffre, s’affole puis se cabre parce qu’il a eu son compte, merde! Pourtant il accourt pour vous tenir à bout de bras quand vous êtes en pleine descente d’orgueil, que votre arrogance qui vous a fait grimper bien haut dans la vanité, vous lâche sans crier gare. Seulement, vos souffrances font échos avec celles qu’il vient à peine de quitter et malgré sa volonté d’être à vos côtés, il ne peut que se mettre en colère, s’agacer, avaler de travers la soupe à la douleur que vous lui proposez. Vous le sentez et vous voulez alors l’éloigner, pour le protéger, ou, dramatiquement, mourir seule dans d’affreuses souffrances. Il se vexe de vous voir vouloir affronter vos chagrins, vos peurs, vos colères sans son aide. Il est perdu, tourneboulé, s’accrochant à un honneur qu’il s’imagine trahi. Il se dit victime d’injustice, de harcèlement, de folle furieuse alors même que vous essayez de lui faire accepter le drapeau blanc de la reddition, maladroitement évidemment. Vous êtes tous les deux exténués, vidés, au bord de la haine de vous-même et de l’autre. Vous, vous vous rapprochez dangereusement du bord, du suicide autant que de la folie furieuse qu’on vous reproche. Vous ne savez plus rien, ni du présent, ni du passé. Vous avez oublié tout ce que vous lui aviez reproché. Vôtre mémoire est vide de toutes les infamies dont vous croyiez auparavant avoir été la victime. Subitement, vous avez ouvert les yeux sur des sentiments que vous pensiez ne plus jamais ressentir, pire même, n’avoir jamais ressenti avec autant de puissance.

Et c’est là, à cet instant, que vous comprenez.

Vous comprenez au plus profond de vous-même qu’on peut devenir fou de douleur de se croire seul, incompris et non aimé parce qu’abruptement, violemment, c’est exactement ce que vous ressentez. C’est exactement ce qu’il a vécu lui aussi et que vous aviez nié, que vous vous étiez entêtée à ne pas reconnaître. C’est exactement ce que vous pensez lire ou imaginer dans les esprits de vos amis, de vos proches, du monde entier qui, comme vous, vous hait. Les autres vous blâment de les bousculer, de les obliger à sortir de la norme amoureuse, on aime ou aime pas, quoi! Faut savoir à la fin! Et qu’est-ce que ça peut bien vous faire?, leur lancez-vous, pleine de désespoir. Choqué de votre culot, tout le monde vous tourne le dos, encouragé par les accusations d’injustice flagrante de cet autre qui ne sait plus quoi faire de toutes ses émotions que vous lui faites vivre.

Et me voilà, aujourd’hui, devant toi. Ô toi, ma solitude que j’avais tant aimée, je te digère de travers désormais.

Tu me fais sentir comme handicapée. Handicapée à ne pas avoir su supporter ce qui parait être aujourd’hui de petits travers. Tu me fais croire que je suis une moins que rien, une hystérique, un monstre de cruauté, une girouette qui fait mal, casse tout et revient quand le jouet se dit réparé pour le casser de nouveau. Tu m’obliges à vivre sans aucun réconfort la réalité de mes terreurs à être rejetée, abandonnée, délaissée.Tu prends à ton compte tous les mots de rage, de haine, de mépris que d’autres m’ont dit. Et tu me les repasses en boucle sans jamais être dérangée par un ami qui viendrait à passer.

Seule, perdue et méprisée, je meurs.

Tu n’es plus mon amie, solitude. Peut-être ne l’as-tu jamais été. Tu m’as bien eu quand tu es venue me draguer. Tu m’as séduite, envoutée, aveuglée et maintenant que nous sommes mariées, tu me fais tout payer.

Je n’ai pas le choix. Il me faut tout revoir, tout regarder d’un autre point de vue. Il me faut changer ces habitudes qui toujours me mènent à la solitude. Quel système avais-je mis en place avec cet autre pour qu’on en vienne à ne plus pouvoir voir cet amour qui me revient soudain en pleine face, inondant mon cœur et brisant mon ego ?

Quel jeu avons-nous joué qui nous a amené jusqu’ici ? Lui dans un fauteuil devenu inconfortable et moi au milieu du désert de ses bras secourables.

Qu’avions-nous à vivre, à comprendre que nos inconscients nous intiment maintenant d’accueillir ?

Car c’est cela, je le vois, et c’est parce que tu es autour de moi, solitude, que je l’aperçois. Je ne peux plus l’accuser de rien cet autre, il n’est plus dans ma vie, je ne souffre plus de ses travers que je pensais ne plus supporter, ce n’était donc pas lui qui me faisait si mal. Tout était enfoui au fond de moi et seule, j’ai été obligée de l’affronter, de me laisser traverser des douleurs terrifiantes, des souffrances indicibles qui me mangeaient les tripes. Maintenant, je suis face à moi-même. Je ne peux plus jouer la victime, ni le sauveur, ni renier mon rôle du bourreau. Je ne peux plus lui jeter à la tête avec hargne qu’il n’est pas mon sauveur, ni ma victime mais surtout mon bourreau. Je ne peux plus et tout à coup, je ne veux plus. J’ai compris ce que nous nous sommes donnés, quelle pièce nous avons jouée. Tout était là pour nous permettre d’avancer jusqu’à cet instant où aucun de nous deux ne pouvait plus se carapater. Lui enfin conscient de l’amour qui avait été là juste devant lui, de l’autre qui vivait, se tendait vers lui, tout ce dont il avait tant envie sans l’avoir vu, sans avoir pu l’accueillir, puis moi, enfin seule, face à mon trou de terreur béant et vampirique, de mes souffrances sentimentales que jusqu’ici j’avais fui, laissant à l’autre le soin de les régir. Nous voilà chacun en dé-pression enfin ! Chacun en vie, en sentiment, en réalisation de ce qu’il est vraiment. Chacun se débarrassant de ses vieilles nippes pour mieux se voir lui-même et doucement s’apprécier. S’aimer soi-même, pour pouvoir aimer vraiment un ou une autre.

Alors, peut-être, oui, ma solitude, tu es mon alliée. Peut-être es-tu ce bras armé, cet instrument de mon inconscient. Et je me dois de te remercier. Comme je remercie cet autre, si mal aimé hier, si bien et tant aimé à présent, qui m’a depuis et de longue date montré que la solitude n’est jamais là où vous la croyez mais toujours à l’endroit où vous vous rejetez. Qui m’a permise de m’affronter seule pour mieux me réconcilier.

Ô ma solitude, puis-je maintenant, sans t’offenser, te demander de me quitter ? D’accepter de divorcer ? J’en serais fort heureuse et je te promets de ne jamais oublier que c’est dans la solitude de ce face à face avec moi-même que je me suis trouvée.

Chère solitude, bientôt, je l’espère, je m’en vais te tromper, puisses-tu ne jamais me le faire payer. Puisses-tu quand, un jour, sûrement, je te retrouverai, m’être douce et surtout ne plus jamais avoir le goût terrible et douloureux de l’amertume et des regrets.

.

Mary Blue Melville

Lettre d'adieu à ma honte
Lettre ouverte à mon chagrin

Poster le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest