Ghost Munster. Chapitre six (part 1)

Ghost Munster. Chapitre six (part 2)
Ghost Munster. Chapitre cinq (part 5)

Ghost Munster. Chapitre six (part 1)

Ghost Munster

Explosion de Manoir

 

illustration pour la série Héros-Tismes de Mary Blue Melville

            – AAAAAAAAAAAAAAAAAAAHMMMMM ! hurle Janet en se couvrant aussitôt la bouche des deux mains pour étouffer son cri. Le bond en arrière qu’elle vient de faire la déséquilibre et elle s’accroche maladroitement à l’encadrement de la petite porte par laquelle elle vient de surgir. Soufflant et le cœur battant la chamade, elle se rétablit de justesse et scrute la pénombre.

            – Qui est là ?! lance-t-elle d’une voix rendue aiguë par la peur et avec plus de morgue qu’elle n’en ressent réellement. Car elle a, l’espace d’un instant, entrevu une silhouette… ou plutôt deux silhouettes qui se détachaient l’une de l’autre. Mais dans l’état de nervosité où elle se trouve, les ombres du hall et tous ces bruits de vieille demeure, tout devient étrange et suspect. Du moins, c’est ce que se dit Janet, protégeant ce faisant l’équilibre de sa santé mentale.

            – Mon Dieu ! s’écrie-t-elle angoissée. Faites qu’ils soient tous ivres morts ou en train de ronfler que je puisse en finir avec cette ignoble et dégoutante d’histoire d’amour ! Faites que cette petite crétine perde son enfant ! Faites que je réussisse à l’écarter de mon chemin ! Faites que je récupère mon aimé, mon Roland adoré !!…  … s’il vous plait, rajoute-elle avec un temps de retard, au cas où.

            Janet n’a pas la foi chevillée au corps, loin s’en faut mais il y a des moments où, bizarrement, on espère que tout ce fatras d’idioties ait une part de vérité. Et ce même si on s’apprête à accomplir un méfait digne de vous envoyer en enfer… et surtout si vous accomplissez un méfait affreux, horrible qui vous torture la morale tout autant qu’il vous réjouit férocement le cœur et qui, dépassant certainement vos compétences, devient tout à fait dangereux !

            – Oh mon Dieu ! se répète-elle, Merci de veiller sur moi et de m’aider à l’éliminer ! Je vous revaudrez ça, prie la jeune femme tourmentée et pleine de ferveur tardive.

            Furtivement, Janet s’avance. L’inquiétude lui faisant tourner la tête comme une vieille poule, ses mauvaises intentions autant que ses craintes peintes sur le visage, elle traverse le vaste hall d’entrée à peine éclairé d’un rayon de lune puis disparaît par une autre porte à l’autre bout de la pièce.

            La vache ! Il était moins une pour Clémence ! se dit Billy qui a bien compris qu’il venait de se dérouler devant eux un drame dont il n’a pas tous les tenants et aboutissants mais, il le pressent, qui n’a pas fini de se jouer. Cependant, pour le moment l’heure n’est pas aux explications et l’attitude d’expectative préoccupée de Clémence et Robert, tout deux tournés vers la porte derrière laquelle Janet vient de disparaître, n’est pas pour rassurer notre petit comité de jeunes aspirants à la hantise.

            – Vous avez entendu, Robert ? questionne Clémence sur un ton légèrement menaçant. Et tout en exprimant une soudaine raideur, sûrement due à la maîtrise qu’elle essaie de maintenir sur elle-même après l’incident du scindement, elle s’avance vers Robert.

            – Parfaitement, Clémence, répond Robert quelque peu crispé, lui aussi, contrarié, semble-t-il. Mais il sert les mâchoires et reste silencieux, tourné vers la porte qui vient de se refermer sur Janet.

            – Il n’y a eu nulle intervention alors même que nous sommes en terrain strictement sous contrôle. Elle laisse des ondes négatives partout et il n’y a pas  non plus de nettoyeurs en route, il me semble, Robert ? continue Clémence de plus en plus offensive.

            – Tout à fait, Clémence, fait Robert en grinçant des dents.

            – Nous allons devoir intervenir, Robert… conclue Clémence, un sourire satisfait s’épanouissant sur ses lèvres.

            – J’en ai bien peur, Clémence… conclue à son tour dans un murmure le grand noir qui s’est encore assombri puis se reprenant… et je m’en remets à ton excellent jugement, finit-il en susurrant faussement.

            Robert se tourne enfin vers Clémence avec un sourire éclatant démenti par son regard froid et un teint qui commence légèrement à se brouiller.

            Il est carrément suspect ce mec, pense Billy en regardant les crocs de Robert se dédoubler subtilement.

            – Absolument ! claironne Clémence le regard toujours porté au loin qui retrouve tout à fait son aplomb et affiche une mine de plus en plus lumineuse, de plus en plus nette.

            Les apprentis revenants abasourdis suivent une nouvelle manche du match commencé plus tôt, loquace cette fois-ci, en se dévissant à nouveau la tête et constatent ahuris à un renversement complet de la situation. Une grande leçon vient d’être donnée, assurément, seulement pas un élève n’a la moindre idée de ce qu’a bien pu être le sujet de la démonstration et le malaise s’installe dans les esprits apprenants. Car après, le choc de l’annonce du temps qui ne passe plus, la tension palpable entre leurs deux guides n’est pas franchement rassurante.

            – M’étonnerai que ce soit dans le manuel du parfait petit fantôme cette petite bataille d’ego d’esprit… murmure ironiquement Jeanne à l’oreille de Billy, alors que les deux instructeurs s’avance vers l’autre bout du hall.

            – Tu m’étonnes ! chuchote Billy. T’as vu le sourire de Robert à la fin ?! Je ne m’y fierai pas si j’étais Clémence.

            – Mouais… Vu comment elle a été troublée… Je ne suis pas sûre qu’elle soit beaucoup plus nette… si tu vois ce que je veux dire, lâche Jeanne un sourcil relevé et l’œil pétillant.

            A cet instant, Clémence se retourne et leur ordonne :

            – Restez ici ! Nous devons nous occuper de cette petite dinde qui risque de déclencher des catastrophes si nous ne l’arrêtons pas ! Cet espace est sécurisé, ne vous avisez pas d’en franchir les limites ou vous aurez de mauvaises surprises, dit-elle en regardant lourdement Billy et Jeanne, une ride de souci entre les deux yeux ce qui n’échappe pas à l’un des disciples un peu plus attentif que les autres. Cependant cette menace muette fait sortir les yeux de Billy, ébahi qu’on lui prête d’aussi mauvaises intentions et sourire Jeanne qui, elle, n’en conçoit aucune surprise ce que note avec un petit sourire amusé notre discret observateur.

           Sur ce, Robert prend l’épaule de Clémence et les deux esprits s’évaporent.

Les apprentis fantômes se retrouvent seuls au milieu du grand hall du manoir, perdus et interloqués. Le reste de la famille MacDonell et tous ses invités, eux, bienheureux et ignorants des catastrophes en préparation, cuvent le Single Malt Scotch whisky Old Pulteney sherry wood généreusement offert par la maison. Breuvage au pedigree long comme un jour sans pain ou plutôt comme un jour sans lui dirait MacDonell et si cher au cœur du vieil écossais et très, très, cher aux comptes du manoir qui se seraient bien passé d’arroser si généreusement les gosiers de ce nectar à mille livres sterling le litre. Mais rien n’était trop onéreux quand il s’agissait d’honorer la petite chérie à son papa, surtout quand il était question de s’adonner sans retenue à sa boisson favorite et sans que Deirdre, son épouse si prévenante, n’ai rien à en redire ! … Ou presque !

           – Oui, et bien ça attendra demain les reproches ! grommelle entre ses dents le châtelain.

            Assis sur le lit, le corps nu, il essaie depuis un quart d’heure de retirer ses chaussettes que l’alcool qu’il avait ingurgité en masse avait rendu pour le moins récalcitrantes. Et sa dignité d’homme bien burné ne le reconnaîtrait certainement pas mais nom de Dieu, il galère ! Comme on dit dans la marine.

           Soudain, dans un dernier grognement semblable à celui du lion de mer, son cousin du soir, Alasdair finit de se défaire de cette chaussette qui se prend pour une anguille. Soufflant comme une forge, il regarde la bouteille de son breuvage favori qu’il s’était réservé en douce, et pour récompenser ces efforts titanesques gloups ! s’en renverse une bonne rasade dans l’entonnoir.

           – Oh, Fichtre Dieu ! Ce que c’est bon ! soupire l’honorable, plein comme une outre et très digne châtelain MacDonell en s’étalant sur le lit. Alors, enfin prêt à dormir, il attrape les couvertures qu’il défait sans vergogne, tire sur les draps impeccablement tirés et bordés par les domestiques, et se noue inextricablement dans cette fichue literie qui est aussi rétive que ces satanées chaussettes. Puis, trouvant finalement un compromis acceptable avec le morceau de tissu pour qu’il lui couvre au moins le derrière, il s’en jette encore une dernière lampée derrière la cravate avant de replacer sous son oreiller le divin nectar. Enfin, le sourire satisfait, il s’écrase dessus la mine réjouie. Il soupire, se tourne vers son épouse qui vient de s’allonger à ses côtés, l’enserre de ses bras monumentaux, en lui susurrant un langoureux « vient dans les bras de ton grand fou, ma Deedee » et se met aussitôt à ronfler généreusement.

            – Oh, mon Dieu ! Deirdre MacDonell qui n’en demandait pas tant, serre les dents. Ce qu’il peut me fatiguer ! En plus, il ronfle comme un vieux morse adipeux, cet ivrogne ! s’exclame-t-elle agacée au dernier degré. Elle repousse alors sans ménagement les bras de son ivrogne et immense mari qui se retourne et en ronfle encore plus fort. Nom de Dieu de merde ! Je hais les nuits de noces ! râle Deirdre en repensant avec amertume aux quatre dernières toutes aussi arrosées de folklore écossais que le manoir avaient fêtées. La nuit va être longue ! soupire-t-elle avec agacement, sans savoir, la pauvre femme, à quel point elle a raison.

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