Ghost Munster. Chapitre dix (part 3)

Ghost Munster. Chapitre onze (part 1)
Ghost Munster. Chapitre dix (part 2)

Ghost Munster. Chapitre dix (part 3)

Ghost Munster.

Chapitre dix (part 3)

 

illustration du chapitre dix de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

Cependant que Robert est occupé à surveiller Billy dont les épaules tressautent, il ne voit pas la tête de Jeanne qui se tourne d’un coup vers le vide quand Charlie tente une approche tout à fait délicate de communication par la pensée.

– Dis-moi, Princesse… Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ce séducteur des îles ?!

– Mais enfin qu’est-ce que c’est ?! siffle-t-elle soudain tendue et méfiante.

Jeanne, crispée, sent monter en elle une peur sourde et familière et aussitôt, comme un réflexe, la colère qui a toujours été sa meilleure amie pour ne pas sombrer dans la panique, déferle dans son esprit recouvrant tout de rouge carmin. Soupçonneuse, elle lance un regard noir à Shark qui ouvrait la bouche ce qui l’arrête aussitôt. Devant la mine contrite du bel adolescent, Charlie éclate d’un rire canin tout à fait satisfait.

– Charlie ? s’étonne Jeanne qui vient de le reconnaître. Mais où es-tu ?

– Dans un lieu merveilleux et unique… s’extasie Charlie impressionné par la force mentale de la jeune fille.

– C’est-à-dire ?! murmure sèchement Jeanne crispée qui n’aime pas du tout cette voix qui lui susurre au creux de l’oreille.

– Tu n’as pas besoin de me répondre tout haut car je suis dans ton esprit, belle enfant, souffle Charlie tout miel en se ratatinant devant l’ange noir de la colère qui a maintenant pleinement déployé ses ailes dans les pensées de Jeanne.

– Dans ma tête ?! s’exclame Jeanne scandalisée en se tournant vers Billy qui lui sourit bêtement en hochant la tête.

Jeanne lui lance à son tour un regard si noir qu’il fait aussitôt fondre le sourire de Billy. Face à la force implacable de ce regard, les paroles du cabot lui reviennent et tout à coup, il ressent une vague de compassion pour la position délicate du pauvre Charlie.

Merde, alors ! C’est pas moi qui m’y risquerai, pense-t-il, mal à l’aise avec un coup d’œil oblique vers Jeanne. Mis à part Pierrette, Billy ne connaissait personne qui lui donnait cette sensation d’être absolument minuscule.

– Chuuuut ! Méfie-toi, Jeanne De Venoge, tu n’es pas en sécurité, la prévient Charlie.

– Qu’est-ce qui se passe encore ? demande Robert abruptement.

– Munster se paie ma tête ! répond Jeanne, rebondissant aussi vite.

– Bien rattrapé, ma belle ! s’exclame Charlie, ravi en voyant la tête déconfite de Billy et l’agacement de Robert face à ces enfantillages. Je sens qu’on va faire une équipe fantastique tous les deux, s’égaie Charlie.

– Tous les trois, lui renvoie du tac au tac Jeanne par la pensée et, jetant un regard aiguisé à Shark rajoute avec autorité, et même tous les quatre !

– Quelle femme ! Quel esprit supérieur ! s’écrie Charlie plein de ferveur et d’admiration dans l’esprit de Jeanne.

Du moins c’est ce qu’il essaie de faire croire mais lui non plus ne peut pas se dérober. Jeanne perçoit parfaitement les sentiments jaloux qu’il essaie de lui cacher.

Pendant que Charlie donne en toute discrétion, affection débordante et informations pratiques à Jeanne, Robert chemine derrière les deux jeunes ghosts qu’il appréhende autant qu’il les espère à la hauteur de ses projets, de leurs projets. Il est absorbé par des pensées confuses et violemment contradictoires. Cette espèce d’enfoiré de Prospère n’aura pas volé ses prochaines désillusions car s’il ne lui a rien répondu c’est parce qu’il savait Brie à l’écoute attentive de ce qu’il lui disait. Depuis que secrètement car cela lui était formellement interdit, il avait assisté à l’excision de mémoire violente et impressionnante de la jeune revenante, il n’avait plus besoin de la voir pour la sentir dans les parages. Et sa transparence ne l’avait caché qu’aux yeux de Prospère. Bien sûr, avec ce qu’elle avait entendu, le risque était grand qu’elle se méfie de lui au-delà de ce qu’il avait besoin pour la maintenir en alerte constante.

Il comprenait bien qu’il n’avait pas besoin de pousser beaucoup la jeune fille vers la méfiance. Ce dont il avait été témoin sur les écrans de la salle d’excision lui avait fait froid dans le dos. Cette fille avait vécu des choses monstrueuses. Il ne se rappelait plus combien les êtres incarnés pouvaient être cruels et combien ils étaient prompts à martyriser cette chair si sacrée.  Pourtant elle avait été si rapide à se pardonner et à pardonner à son bourreau. Il en avait été très impressionné. D’ailleurs l’excision n’avait été que partielle. A ce qu’il lui semblait. Car la volonté de l’adolescente à garder en mémoire certains souvenirs très secrets au point que même le souffle n’avait pas pu les lui projeter avait été très, très forte. Pendant un court moment, juste avant la fin, les écrans étaient restés brouillés. Très étrange. Très, très étrange. Il se demandait d’ailleurs si ce n’était pas ça qui faisait la force du bleu de ses yeux et de son pouvoir. Elle était indubitablement très dangereuse pour la Maison Mère. Cependant, peut-être pour cette même raison, il avait une confiance aveugle dans les capacités de cet esprit rebelle, puissant et absolument inattendu.

Brie apportait depuis le début les preuves d’un énorme potentiel. Il avait été depuis qu’il l’avait ramené à travers la brume, sans cesse surpris et impressionné. Il avait donné le change bien sûr et n’en avait pas montré la moindre chose, même à Clémence, car lui, se méfiait de tout et de tous. Ce qu’ils avaient en tête avec Clémence était sans nul doute extrêmement dangereux et il lui fallait toute la maîtrise de son aura pour ne pas flancher et tout balancer. Il se sentait tellement nerveux qu’il avait carrément perdu les pédales en voyant ce qui se passait dans la cuisine avec Brie et Munster. Il avait regretté sa petite excursion en dehors du château alors qu’il aurait dû se trouver auprès des deux apprentis. Mais il avait besoin de vérifier une chose importante avant que Clémence leur donne la leçon de manipulation subatomique. Cela aurait pu lui coûter très cher et il avait failli laisser échapper des informations très compromettantes en paniquant.

Nom d’un trou noir ! Et cet abruti de Turlututu qui n’a rien trouvé de mieux que de se faire remarquer ! Il lui avait pourtant demandé de les surveiller discrètement et de les aider, pas de participer à la pagaille ! Enfin, fallait pas s’étonner avec ce vulgaire cabot qu’on joue la grande scène du deux. Robert aurait donné cher pour savoir où s’était éclipser cet abruti de spectre canin ! Il n’avait malheureusement pas le pouvoir de l’obliger à revenir, ni de le trouver si ce sale ectoplasme de troisième cercle voulait se volatiliser.

Bordel de gluons de quarks ! Robert ne savait plus s’il devait être furieux ou terrifié. Ils devaient pourtant être absolument et excessivement prudents car le peu dont il avait été témoin avec Brie et Munster, laissait à penser qu’avec ces deux là, ils manipulaient des grenades dégoupillées. Pour Brie, par exemple, il sentait confusément qu’elle avait un pouvoir que nul esprit n’avait manifesté jusqu’ici qui s’exprimait continuellement dans ce regard bleu qu’il n’avait pu qu’atténuer au prix d’une dépense d’énergie qu’il l’avait épuisé pendant la traversée de la brume. Ce qui le mettait très mal à l’aise car c’était l’indice d’une nouvelle forme de manifestation aurique qu’ils auraient bien du mal à maîtriser.

De même que ce Munster qui n’avait pas hésité à s’interposer entre Brie et cette folle furieuse de Janet MacDonell dont le comportement le laissait encore extrêmement inquiet. Pas d’âme à recycler ! Les accusations de Pierrette à son sujet étaient absolument terrifiantes. Comment une telle chose était-elle possible ! De plus, ce jeune Munster semblait contrôler les mouches ce qui en soit était déjà exceptionnel quand on savait à quel point ces étranges bestioles pouvaient se manifestaient sur une multitude de dimensions et de plan énergétiques. Il fallait un sacré pouvoir d’attraction pour les manipuler ! Mais ce jeune esprit contrôlait aussi autre chose que Robert n’avait pas réussi à déterminer et qui avait mis tous les vivants dans un état d’épouvante et de faiblesse tout à fait surprenant. Sa méfiance d’ailleurs à l’égard du jeune ghost allait grandissant. Il voyait Munster comme un monumental sac à problèmes. Il semblait même incroyable que tout ceci puisse échapper à la vigilance de Pierrette. Peut-être même à celui du Vieux. Leur soif de victoire devait certainement les aveugler…

Et ça, plus que tout, lui donnait le tournis pris qu’il était entre l’espoir de la réussite de leurs plans qu’il n’envisageait pas sans appréhension et l’étendue épouvantable des variables incontrôlables qui l’effrayaient encore plus.

Robert était en train de se rendre compte que ces nouveaux pions qu’ils avaient mis, lui et Clémence, sur le Grand Échiquier au seul prétexte d’une victoire assurée pour Pierrette et d’un espoir secret d’une libération de toutes les âmes bleues, allaient sûrement leur donner beaucoup, beaucoup de fil à retordre. Car Robert, tout puissant qu’il était, n’en menait pas large devant ces deux esprits fraîchement désincarnés et hautement perturbateurs qui, depuis leur arrivée, faisaient trembler toute la matière noire de la Maison Mère.

Deux bombes nucléaires ambulantes.

Deux candidats au suicide un peu particulier qui avaient eu des raisons très spéciales pour ne plus vouloir faire entrer l’oxygène dans leurs poumons. Clémence avait compris dès qu’elle avait perçu leur décision d’en finir qui était survenue à peu de chose près au même moment qu’une énergie puissante et ténébreuse les poussait à renoncer à cet état si merveilleux de l’incarnation. La primeur allant à Brie qui faisait montre d’une très grande capacité de décision et de rébellion. Une capacité qui les avait déjà tous menés au bord de l’implosion. Pourtant Clémence semblait confiante. Malgré tout, elle semblait tirer de tout cela une grande satisfaction. Il lui apparaissait même qu’elle en avait acquis plus d’assurance, plus de force. Il l’avait senti pendant leur petit duel de volonté avec Prospère. Il regrettait aussi de s’être emporté, de l’avoir défiée. Il les avait mis en porte à faux tous les deux par rapport au groupe d’apprentis. Et pourtant, pourtant elle avançait après tous ces couacs avec une assurance qui la renforçait. Il sentait son aura le réchauffer jusqu’ici. Qu’est-ce que savait Clémence qui la rendait si forte, si attirante ? Qu’est-ce qui pouvait allait si bien à Clémence…

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