Ghost Munster. Chapitre dix (part 2)

Ghost Munster. Chapitre dix (part 3)
Ghost Munster. Chapitre dix (part 1)

Ghost Munster. Chapitre dix (part 2)

Ghost Munster.

Chapitre dix (part 2)

illustration du chapitre dix de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

 – Tu vois Munster, je crois que le plus difficile n’est pas de faire bouger les verres et les lettres pour se manifester auprès des vivants, dit Shark, plein de ferveur à l’évocation de ce qu’il a compris. Mais plutôt de ne pas créer de cataclysme à chaque fois qu’on essaie de se manifester !

– Tu crois ?!

– Ben, t’as bien senti ce qui se passe à chaque fois que nos maîtres se mesurent l’aura !…

– Ouais, c’est sûr ça fait peur toute cette puissance mais c’est justement parce que se sont des maîtres qu’ils peuvent en dégager autant, non ?!

– Non, non, je crois que nous avons tous la même. Après que vous soyez partis, toi et Brie, Prospère et sa clique sont apparus au milieu du hall. Ils ne devaient pas arrivés là mais apparemment ils ont été détournés par j’n’sais pas quoi. Et il a été carrément halluciné que nous soyons sans maîtres. Tu as bien entendu ce qu’il a sorti à Clémence comme quoi en nous laissant seuls, ils nous avaient tous mis en danger ?

– Oui, mais c’est parce que c’est interdit et que Pierrette pouvait leur tomber dessus, fait Billy dubitatif.

– Si ça n’avait été que ça, le Prospère n’en aurait rien eu à faire, tu penses ! Ça l’aurait même certainement réjoui de savoir que Clémence pouvait se prendre un savon par Pierrette et ils nous auraient abandonnés sans aucun scrupule ! Je peux t’assurer qu’il n’avait pas envie de rester avec nous. Et ses crétins d’élèves si tu les avais entendu ! On se serait cru devant le mur des lamentations ! Ils nous ont carrément compressés dans une bulle bizarre dans le coin du hall où de toute façon on s’était coincés tout seul parce que personne n’avait envie de se faire traverser par les… tu vois ce que je veux dire, finit Shark le regard soudain assombri et en mal de nommer ce qu’il n’est plus, c’est-à-dire vivant. Mais en même temps, avec cette bulle de chais pas quoi, ils nous ont ramené instantanément dans la cuisine ! Comme ça ! On n’a rien senti ! On était là et puis directement après on était ailleurs ! Un truc de malade !

            Shark que la conversation passionne, s’agite mais Jeanne le calme en lui prenant le bras. Il sursaute au contact de cette main spectrale douce, tiède et pourtant devenue presque translucide, ce qui lui fait venir un millier de question sur les événements récents survenus dans cette fameuse cuisine dévastée et dont il n’a pas été témoin. Cette douceur n’a pas été souvent son quotidien quand il était vivant et maintenant qu’il est entouré de corps éthérés, il est surpris. Agréablement, surpris. Il regarde alors Jeanne intensément et sent que des émotions très vivantes l’envahissent. Cela lui donne une nostalgie d’un temps où son corps était le vecteur de ses désirs et de ses émotions, sentiment qui lui était tout à fait étranger jusqu’ici. Il est troublé et subjugué lui aussi par le regard bleu vert extraordinaire de Jeanne qui reste étonnamment éclatant malgré sa pâleur. Et il lui sourit d’une façon si charmeuse que Billy qui surprend le regard enjôleur du bel et athlétique haïtien, sent une remontée d’acide tout à fait incongrue dans ce corps sans humeurs. Mais Jeanne n’y prête absolument pas attention, à la grande satisfaction de Billy. Elle a plutôt l’air préoccupé et elle fait comprendre à Shark qu’il doit se faire discret. Elle lui indique par un mouvement de ses yeux bleu si captivants la présence de Robert dans leur dos. Et en remuant discrètement les lèvres, elle mime le mot méfiance.

      Shark et Billy, victimes de leurs vieux reflexes, se retiennent in extremis de se retourner complètement vers Robert et se retrouvent à se regarder l’un l’autre, se demandant chacun avec inquiétude ce que leur guide si ténébreux avait bien pu entendre de leurs audacieuses et sûrement dangereuses interrogations.

      Décidément, il ne va pas être facile de communiquer si on a toujours un garde-chiourme dans le dos, se dit Billy.

      Car il aurait bien aimé aussi discuter, avec Jeanne notamment, de certains mystères du genre : qu’est-ce qu’avaient bien pu trafiquer Clémence et Robert quand ils s’étaient lancés à la poursuite de la folle furieuse ? Parce qu’ils avaient particulièrement brillé par leur absence et leur inefficacité à éviter les catastrophes ! Et qu’est-ce qui avait pris à Robert tout à l’heure de les accuser comme ça ? L’avait complètement perdu les pédales, ma parole, le grand afro-spectre ! Et Clémence ? Plus, on la côtoie et plus le mystère du rôle qu’elle joue s’épaissit ! Un vrai sac de nœud cette école de la Hantise ! Et puis quelle école !? On ne nous a rien appris ou presque depuis que je suis arrivé ! s’exclame, choqué, Billy pour lui-même. On parle de plan, de pions, de victoire ! J’ai plus l’impression d’avoir été posé sur un plateau d’échec qu’au milieu d’une classe ! Il est où Turlututu/Charlie ?! Il a profité de l’arrivée des troupes pour s’éclipser l’affreux clébard ! Pffu… N’empêche, j’aimerai bien avoir son avis. Je crois que finalement je m’étais fait à l’idée que ce chien abominable nous accompagne partout. M’est avis qu’il pourrait nous être vachement utile !

–          J’n’te l’fais pas dire, mon coco !

Billy, pour la deuxième fois, fait un bond d’un mètre en entendant la voix de Charlie directement dans son esprit cette fois, ce qui lui vaut un regard étonné des deux autres adolescents et un autre soupçonneux de la part de Robert à côté de qui il vient d’atterrir.

– M’enfin ?!! T’es où encore une fois ? Tu lis dans mes pensées ?! s’étrangle Billy intérieurement, en accentuant lourdement son air effaré devant le tableau d’une scène de chasse particulièrement laide devant lequel ils passent, s’appliquant à détourner les soupçons de Robert qui l’observe d’un œil noir.

– Privilège de ma catégorie d’entité tout à fait subtile, susurre Charlie très amusé dans la tête de ce jeune ghost qui éveille de plus en plus son intérêt.

Et Billy, pas tout à fait enthousiaste à l’idée d’abriter l’esprit de cet affreux toutou, sent que le chien lui fait un clin d’œil malicieux et l’exaspération que ce dernier lui a inspirée à leur rencontre commence à refaire surface. Mais par mesure de prudence et pour ne pas vexé un de ses rares alliés, il réfrène celle-ci et lui retourne un sourire qu’il n’espère pas trop grimaçant. Robert qui n’a pas connaissance de la présence de Charlie prend cette manifestation narquoise pour lui, soupire d’agacement et repousse Billy devant lui.

– C’est quand même très spécial, pense Billy en choisissant soigneusement ses mots. Merde alors !

– J’avoue qu’avec toi, c’est particulièrement facile. Chais pas pourquoi… fait Charlie sincèrement étonné.

– Et avec Jeanne tu saurais faire la même chose ? demande Billy, une idée lui venant tout à coup.

– Oui et encore plus facilement depuis qu’elle m’a enlacé de son fluide, volant mon cœur d’un coup de foudre ! soupire Charlie amoureusement.

– Oui, oui, on sait ! siffle Billy, pas tout à fait calmé face aux élans amoureux du spectre canin envers Jeanne ce qui amuse encore plus ce dernier. Tu pourrais lui transmettre un message ? lui demande-t-il à moitié ronchonnant.

– Bien sûr, quand c’est demandé aussi gentiment, on ne peut pas refuser… Mais son esprit est beaucoup plus complexe que le tien, répond Charlie provocateur. Et, surtout, je ne suis pas sûr qu’elle accepte facilement d’être lue comme un livre ouvert, elle, lâche le chien franchement dubitatif.

– Essaie quand même ! crache Billy, vexé car il n’aime pas beaucoup les fines allusions de Charlie sur son esprit. Parce que se serait carrément pratique de pouvoir communiquer avec elle sans que personne ne le sache… ou presque, hésite Billy qui ne peut complètement se prémunir d’un chouïa de méfiance envers la sincère loyauté de Charlie.

– Mouais… Je vais voir ce que je peux faire… fait Charlie un poil vexé face à cette méfiance que Billy ne peut pas lui cacher.

– Bon, bien… Billy sent bien qu’il n’a pas le choix s’il veut faire du spectre son allié et il ajoute le plus sincèrement possible. Je te demande pardon pour les hésitations mais ce n’est pas facile de savoir à qui on peut faire confiance ici. Tu veux bien lui demander si elle peut se dégager dès que possible pour qu’on puisse faire le point, s’il te plait ?

– Et le grand séducteur caribéen ? T’en fait quoi ? Parce qu’il colle drôlement la princesse ! bougonne Charlie franchement agacé par cette concurrence déloyale.

– T’occupe, je m’en charge ! grince Billy tout aussi irrité.

– Ok, accepte Charlie que cette jalousie partagée rend soudain moins moqueur.

Et sans crier gare, Billy qui n’avait pas senti tout à l’heure la présence de Charlie dans son esprit, s’aperçoit tout à coup qu’il ne la sent plus.

Depuis combien de temps il était dans ma tête cet affreux ?! se demande Billy, libéré et lâchant la bride à sa contrariété. Il va lui falloir être très, très vigilant ! Heureusement qu’il ne sent plus la fatigue parce que ce n’est pas de tout repos l’école de la Hantise !

Et abruptement l’image de sa tombe surgit dans son esprit. Il l’imagine avec inscrit en gros sur la pierre : RESTE EN PAIX. Ah, ah, ah ! Le repos éternel ! Tu parles d’une bonne blague ! Ça lui semble si comique qu’il a bien du mal à ne pas repartir dans un nouveau fou-rire. Mais Robert le surveille étroitement depuis qu’il a fait son bond en arrière et il doit concentrer toute son énergie à ne pas éclater de rire, ce qui, bien sûr, rend la chose d’autant plus difficile.

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