Ghost Munster. Chapitre dix (part 1)

Ghost Munster. Chapitre dix (part 2)
Ghost Munster. Chapitre neuf (part 3)

Ghost Munster. Chapitre dix (part 1)

Ghost Munster.

Chapitre dix (part 1)

 

Unis pour le meilleur et pour le pire.

 

illustration du chapitre dix de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

 

            – Bon. Je crois que la comédie a assez durée.

           Se tournant vers le guide inopportunément apparu, après avoir pris le temps de se ressaisir, Clémence, le regard noir, le visage fermé s’adresse à Prospère.

           – Que faites-vous ici, Prospère ? lui demande-t-elle sur un ton qui ne laisse aucun doute sur l’aversion que provoque chez elle ce collègue inopportun.

           – Et vous ? crache Prospère reprenant son air hautain, vexé de ce moment de faiblesse devant ce public d’abrutis et qui visiblement ne porte pas plus Clémence dans son cœur qu’elle ne l’apprécie. Vous laissez vos apprentis sans surveillance se lâcher sans contrôle, nous mettant tous en danger pour aller faire on ne sait quoi après vous être ouvertement agressés l’un l’autre devant vos élèves ! Votre responsabilité dans tout ce foutoir ne fait aucun doute. Pierrette peut bien s’aveugler, vous n’êtes pas à la hauteur de ses ambitions de victoire. Votre défaite est déjà programmée. Une bande de minable, voilà ce que vous êtes !

           – Bienvenu dans la bande de minables, Prospère ! Tu en fais parti dorénavant, ça ne me fait pas plus plaisir qu’à toi, crois-moi, mais tu n’as pas intérêt à l’oublier ! La trahison n’est plus permise maintenant que tu as été officiellement désigné, Prospère. Car effectivement, Robert et moi, nous avons l’oreille attentive de Pierrette et je n’hésiterai pas à m’en servir pour t’éliminer.

           Clémence pour ponctuer ses menaces de façon durable lui fait un sourire si cruel et un regard si glacial que tous pensent au froid dans le dos que ce rictus susciterait certainement s’ils étaient encore vivants. Un silence épais s’installe, se glissant insidieusement parmi les esprits, rappelant à Billy le smog rampant des rues de Londres. Clémence et Prospère se font face, tendus comme des arcs. Le bleu de leur robe s’agite. Des ombres coulent de ce bleu ciel qui tourne à l’orage. L’échange de regards se prolonge. Les deux maîtres émettent des ondes aussi coupantes que la brume, et qui viennent frôler les auras de tous ceux qui se trouvent à proximité des deux guides. Tous reculent avec appréhension craignant une nouvelle catastrophe.

           Il y a décidément encore beaucoup de chose à apprendre, se dit Shark que ce deuxième affrontement entre maîtres laisse songeur. Il sent que la puissance des deux guides est retenue à son minimum et devine que le rapport de force est justement dans cette retenue plus ou moins forte. Les accusations de Pierrette et les réflexions des quatre apprentis de Prospère s’imposent d’un coup à son esprit. Les apprentis qui se lâchent sans surveillance sont une menace… Un lâcher d’énergie trop puissant et interdit… Un troupeau de brontosaures qui s’est déchargé partout…

           La maîtrise de la puissance est la clé ! comprend-t-il soudain. Le rapport est peut-être inversé. Vivant nous cherchons à la développer, mort nous devons la retenir… Shark jette discrètement un œil vers Billy et Jeanne. Partager des informations aussi essentielles est certainement un risque quand on n’est pas sûr des gens avec qui on les partage. Mais ne pas les partager réduit les possibilités de comprendre et de reprendre la situation en main, de se libérer. La force d’un groupe uni, Shark le sait pour l’avoir expérimenté, est bien plus grande que celle d’un homme seul. Il lui en reste suffisamment de souvenirs malgré le lavage de mémoire qu’il a subi pour le décider à en discuter sérieusement avec Munster et Brie. Il le fera dès que possible parce que, décidément, ces deux là l’impressionnent par leur capacité à ébranler les autorités. Vraiment, il aime bien leur façon de mettre de l’ambiance…

           L’ombre d’un sourire éclaire un instant le visage de l’haïtien alors que Clémence amorce un demi tour et montre son dos à un Prospère qui commençait à perdre en netteté. Elle clôture ainsi victorieusement leur affrontement par un geste dédaigneux et sûrement très humiliant pour le très chatouilleux Prospère.

           Qu’est-ce qu’elle fait ?! Elle est folle ! Ça, c’est des emmerdes assurées pour dans pas longtemps, c’est sûr !

           Billy est stupéfait par l’arrogance de Clémence. Après les menaces de Pierrette, il lui semble que tous devraient redoubler de prudence, d’humilité. C’est incroyable cet orgueil ! Il regarde autour de lui pour voir s’il y en a d’autres que cela effraie et aperçoit le petit sourire de l’haïtien. Ce dernier lui renvoie son regard et lui fait un petit clin d’œil complice. Billy ne sait pas très bien comment réagir à cette démonstration inattendue d’amitié et répond d’un sourire hésitant. Il réfléchit à toute allure car il sent bien que les alliés vont être importants pour la suite et essaie de se rappeler la première impression que lui a faite Shark.

           Mitigée est le seul qualificatif qui lui vienne à l’esprit. Pas vraiment mauvaise mais pas non plus complètement confiante. Faudrait que j’en parle avec Turlututu, enfin Charlie… se dit Billy qui se rend compte un peu étonné que le chien des enfers fait parti des spectres à qui il est prêt à faire confiance. Mais peut-on vraiment se méfier d’un spectre aussi laid qui s’appelle Turlututu ? Et à l’évocation de ce nom, le sourire s’épanouit franchement sur le visage de Billy ce que Shark interprète comme un signe encourageant. Il se rapproche alors, résolu à partager ses réflexions avec ce Ghost Munster si intriguant.

           Clémence s’éloigne dans le couloir sans un regard en arrière. Les apprentis-ghosts, après quelques hésitations et de regards perplexes vers Robert qui reste immobile, le visage impénétrable, à fixer Prospère se décident à la suivre. Pendant que Billy et Shark, à la traîne, jettent les ponts d’une relation un peu fluctuante mais, ô combien, importante pour l’équilibre futur des forces. Tandis que Jeanne qui a perdue beaucoup de son épaisseur aurique et est devenue presque translucide, s’est discrètement fondue dans le décor. Elle ne perd pas une miette de ce qui se passe derrière le dos de Clémence. Car Prospère qui s’est soudain approché de Robert qui n’a pas bougé d’un millimètre, lui susurre plein d’amertume.

           – Dis-moi, Robert, quels mensonges avez-vous servi à vos petits nouveaux venus dans la partie, toi et Clémence, pour faire pencher la balance, en Sa faveur ? Et pour leur faire jouer la partition de Pierrette sans qu’ils aient la possibilité de choisir ? J’espère que vous n’avez pas trop arrangé la vérité, que vous pourrez encore longtemps avoir la conscience nette… Et que vous n’avez pas trop diminué les possibilités de vos « apprentis ». Ce serait dommage, ils m’ont l’air plein de promesses ces petits fantômes…

           La bouche tordue par un sourire malveillant et le regard menaçant, Prospère s’est approché de Robert si près que leur nez se touchent presque. Robert fuit les yeux de Prospère qui le fixe d’un regard dégoûté mais Robert ne s’écarte pas pour autant.

           – Tu sais comme moi que le danger est grand. L’Un comme l’Autre n’en a rien à faire de notre pérennité, continue en chuchotant Prospère à l’attention exclusive de Robert. Seul compte le petit avantage que l’Un aura sur l’Autre… T’as changé de camp mais je te connais Robert, t’as pas changé d’objectif, ni de façon de faire. Le Vieux a mis sa marque sur toi, tu Lui as toujours appartenu, assène Prospère. Puis avec un regard songeur, il ajoute fielleusement. Fais bien attention à toi aussi, camarade…

           Puis, se détournant de son collègue, le très susceptible maître ès évaporation d’alcool vieilli en fût de chêne fait signe à ses quatre disciples. Et tout en lançant un dernier regard noir vers le couloir où Clémence a disparu, il disparaît à son tour dans un éclat bleuté de lune, ses élèves accrochés à ses basques laissant Robert toujours immobile au milieu de la cuisine dévastée.

           Jeanne alors s’éclipse rapidement pour ne pas éveiller les soupçons de Robert dont elle se méfie grandement désormais. Elle rejoint Billy et Shark qui traînent derrière leurs camarades à la suite de Clémence et qui sont en grande conversation.

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