Ghost Munster. Chapitre neuf (part 2)

Ghost Munster. Chapitre neuf (part 3)
Ghost Munster. Chapitre neuf (part 1)

Ghost Munster. Chapitre neuf (part 2)

Ghost Munster.

Chapitre neuf (part 2)

 

illustration de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

           Une fois de plus, tout avait débuté dans le couloir qui avait été les premières loges de cette apocalypse. Plein d’enthousiasme pour sa première intervention, un jeune ambulancier avait vivement écarté les invités de retour dans le couloir, attirés comme des mouches par les éclats de rire, aux cris de Poussez-vous, brancard ! Poussez-vous, brancard ! Son zèle avait fait râler les plus curieux qui s’étaient prudemment rapprochés de la porte. Mais arrivé à la porte de la cuisine qu’il avait si bien dégagée, le secouriste débutant s’était arrêté stupéfait.

           – Nom d’un chien ! s’écrie-t-il, choqué.

           Dérouté devant la scène apocalyptique qu’il découvre abruptement en complet désaccord avec les rires qu’il entendait quelques instants plus tôt, le pauvre novice cherche précipitamment à cacher maladroitement son effarement en criant tout ce qui lui passe par la tête.

           – Branchez-vous, poussard ! Soupez-vous braquemart ?! interroge-t-il penaud, perdant tous ses moyens en s’approchant d’Alasdair.

           – Braquemart ?! Poussard ?!! Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton, jeune insolent ! Vous entendez ?! lance un Alasdair outré et complètement rétamé en lui prenant le bas du pantalon d’un air menaçant.

           Étalé sur le carrelage, rouge de colère, Alasdair la moustache menaçante ressemble à un morse échoué, la queue pitoyablement en berne. Il aboie si furieusement sur ce pauvre ambulancier abasourdi, le menton tombant de plus en plus de stupéfaction que les fous rires repartent de plus belle et accentue encore le malaise du jeune infirmier, choqué d’autant de gaité en un pareil moment.

           – M’enfin ! Mais…

           – Poussez-vous ! Laissez passer ! crie un autre ambulancier plus blasé qui ne s’arrête pas au spectacle qui s’offre à lui, pousse son jeune collègue et enjambe Alasdair pour se précipiter sur Ailein qui s’esclaffe, son minuscule bébé bleuissant de froid et tressautant dans ses bras. Il est d’ailleurs suivi par trois autres brancards. Avec beaucoup d’efficacité, les secouristes, une femme immense et magnifique et six hommes courtauds et bourrus prennent dans l’ordre Roland, qui pleure autant de douleur, ses roubignoles étant subitement en pleine remontée, que de rire devant la figure déconfite de son beau-père, ce dernier n’en revenant pas de se récolter deux trolls des cavernes alors que Roland part avec la valkyrie pleine d’arguments dans le soutien-gorge et des jambes qui n’en finissent plus. Puis Ailein et son bébé qui commence à faiblir, ensuite Alasdair dans un hurlement de douleur lorsque l’un de ses tibias brisé heurte Deirdre qui s’est précipitée pour suivre son mari, faudrait pas qu’il leur raconte n’importe quoi et enfin Janet qui ne répond plus de rien.

           Le médecin qui était arrivé dans le lot et qui a ausculté chacun sommairement pour le rapport de première urgence et pour la police qui arrive, tend un papier au premier agent qui apparaît dans l’encadrement.

           – Un prématuré en hypothermie, une post parturiente épuisée, une remontée de testicule, deux tibias brisés et une morte par arrêt cardiaque ! résume doctoralement le médecin au policier.

            Celui-ci se place tranquillement à côté du jeune ambulancier qui s’est statufié, la bouche et les yeux grands ouverts laissant ses collègues prendre les choses en main sans lui.

           – Première intervention, p’tit ? lui fait l’agent plein de sollicitude.

           Le jeune infirmier sursaute, regarde ahuri le contractuel qui lui sourit avec bienveillance et se précipite dehors comme s’il venait de voir le Diable en personne.

           – S’en remettra pas, conclue philosophiquement le policier en hochant la tête.

           La police qui, elle, est un peu plus lente à arriver à cause des invités qui l’ont assailli de leurs angoisses, déboule à son tour et fait sortir avec fermeté le mari de Janet qui perdant soudain son sang-froid, s’accroche aux agents en criant. Car il ne sait plus s’il doit pleurer ou rire ou crier ou danser, parce que nom de Dieu, il vient de se rendre compte que sa femme est morte, qu’il est veuf à trente et un ans, sans enfant et donc… libre ! Le pauvre homme vient ainsi en quelques instants de passer du statut de mari éploré à celui du suspect numéro un.

           Puis les agents techniques et ceux de l’entretien du gaz passent la pièce au peigne fin pour relever les indices, repérer les fuites et éviter d’autres catastrophes.

           – Quel foutoir ! fait l’agent philosophe en hochant la tête un peu plus et il s’interroge. Quel phénomène a bien pu déclencher une telle furie ?

           C’est précisément à ce moment que Pierrette s’abat sur tout ce beau monde comme la misère sur le bas peuple.

           – MALHEUREUX ! hurle-t-elle. QU’AVEZ-VOUS FAIT ?!

           – Qu’est-ce que je disais…, susurre Charlie pour lui-même, ravi, la moue dédaigneuse et, profitant que Pierrette capte l’attention de tous, il disparaît à nouveau discrètement. Son sourire satisfait lui barrant la gueule et flottant dans l’air étrangement encore quelques instants, n’échappe pas à tout le monde.

           – QUEL ESPECE D’IDIOT A BIEN PU LAISSER FAIRE UN TEL BORDEL ?!! hurle Pierrette superposant à la pensée toute professionnelle de l’agent son interprétation un peu plus personnelle.

           La rage dégoulinant de son tailleur à cet instant d’un noir absolu, elle enfle et se dégonfle au rythme d’une pulsation à la seconde qui ne présage rien de pacifique. Les apprentis, de plus en plus inquiets, se tassent dans un coin n’osant plus respirer et fuyant la nappe bitumeuse et menaçante qui s’étale autour de Pierrette. Et pendant que les vivants s’efforcent de comprendre les causes de l’hécatombe et de remettre de l’ordre dans le chaos, le désordre règne dans les esprits qui se troublent, chacun cherchant au fond de son âme ce qu’il a bien pu faire de condamnable.

           – Et meeeerde ! fait dans un filet de voix Billy dont l’esprit est soudainement frappé d’horreur à la vue d’un troupeau de mouche égarées autour de ses pieds.

Ghost Munster. Chapitre neuf (part 3)
Ghost Munster. Chapitre neuf (part 1)

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