Ghost Munster. Chapitre 8 (part 1)

Ghost Munster. Chapitre huit (part 2)
Ghost Munster. Chapitre sept (part 4)

Ghost Munster. Chapitre 8 (part 1)

Ghost Munster.

Chapitre 8 (part 1)

 

Accouchement dans la douleur.

illustration de Ghost Munster; Chapitre huit

           Malgré l’impression sournoise et un peu menaçante de cette introduction, Billy s’émerveillerait presque de cette eau bleue se mêlant aux intérieurs de la jeune femme. Dès qu’il a été absorbé, le liquide calme Janet. Car Janet, soudain a cessé de pleurer et, alors que chacun maintenant s’agite autour d’elle, sa respiration se fait plus lente, plus fluide. Lentement, par d’infimes mouvements, Janet se replie puis une fois à genou, se relève. Ses yeux, tout à coup asséchés, semblent regarder au lointain et ses lèvres s’étirent, relevant de sa bouche, les coins.

           – Ça va ? Janet ? Ça va ? Tu te sens comment ? s’inquiète Ronald en s’approchant de Janet.

           – Sacré nom de Dieu ! Qu’est-ce qui s’est passé ici ?!

           – Mon Dieu ! Mais enfin,… mais… Qu’as-tu encore fais, ma fille ?!

           Accourus, les parents MacDonell stupéfaits regardent avec effroi la cuisine explosée du château familial. Alors que Ronald, alarmé, entoure de ses bras les épaules de Janet qui lui sourit béatement.

           – Oh mon amour, le monde est si beau ! Si pur ! chante Janet à un Ronald ébaubi. Regarde comme il est magnifique, fait-elle en tournant la tête, montrant d’un geste fluide l’horreur de la cuisine ravagée.

           Puis, désignant d’une autre geste souple Clémence, Robert, Billy et Jeanne, elle rajoute émerveillée, riant :

           – Ah, ah, ah ! Les anges bleus et les âmes grises sont avec nous ! C’est un signe, mon amour. Cela veut dire que nous allons pouvoir enfanter. Nous jouirons bestialement et naîtra de nos semences un prince que nous nourrirons de ce fœtus qui geint dans le ventre de ma sœur…

           Soudain comme prise d’une transe, Janet embrasse à pleine bouche Ronald qui effaré ne sait pas réagir puis elle se met à danser avec une grâce que jusqu’ici elle n’avait jamais manifestée. Elle virevolte provoquant un tourbillon de cendres qui vient noircir les visages atterrés d’Alasdair, Deirdre et Ronald. Ailein sa jeune épousée qui l’a suivi les deux mains crispées sur son ventre fixe ce dernier effarée. Enfin le mari de Janet, juste arrivé, regarde dégoûté et choqué le couple improvisé et passe de sa femme dansante à son beau-frère dont la bouche béante brille de la bave de son épouse.

           Les mines des « anges bleus et des âmes grises » n’en rajoutent pas dans la vivacité spirituelle, loin s’en faut, tant les quatre esprits sont stupéfaits eux aussi.

           – Ben merde alors ! fait Billy résumant brillamment la pensée de tous. Elle nous voit ?!

           – Parce que c’est ça qui t’inquiète le plus ?! s’exclame Jeanne effarée.

           – Hein ? … Ben, euh… oui,… non ! Evidemment, non ! assure Billy, le regard pas tout à fait convaincu… Mais quand même, c’est spécial ?!… Non ? Vous croyez que c’est à cause de la…

           – Chhhhut ! lui fait une voix sans corps dans le creux de son oreille.

           Billy, surpris et terrifié, fait un bond de trois mètre et reste accroché au lustre. Celui-ci qui pendait tristement par un fil et par miracle, et malgré la nature délétère du jeune homme, n’y résiste pas et s’écroule sur la tête de Ronald. Mais un quart de seconde avant que le lourd luminaire vienne éclater le crâne du pauvre malheureux qui le regardait interdit lui tomber dessus, un éclair de poil, de mèche bleue et de jabot rose si rapide que nul ne peut rien identifier, frappe Ronald en pleine poitrine, le déséquilibre et disparaît aussi sec. Ronald qui a toujours les pieds bien ancrés dans le sol, ce qui jusqu’ici avait constitué un avantage, reste bêtement en place comme scellé aux pavés de la cuisine. Ne penchant que le buste en arrière sans se décaler d’un pouce, il reçoit l’énorme lustre de cuivre sur la partie la plus fragile de son anatomie, le service trois pièces. Une porcelaine délicate héritée de son père qui au son des bris de verre du lustre semble elle aussi se briser. La chose fait hurler de rire Janet et brailler Ronald qui danse à son tour mais beaucoup moins gracieusement. Chacun regarde ahuri le pauvre Ronald qui danse la gigue, la tête renversée, hurlant à la mort tel le loup au clair de lune. Et tous évitent de justesse Janet qui l’accompagnant de saut de cabris, de salto et de triples axels, riant aux éclats, mélangeant les restes de farine, de cendres, de nourriture, d’éclats de bois, de verre et de liquides qui jonchent les pierres du sol en les transformant en une bouillasse épaisse et dangereusement glissante. Hormis Deirdre MacDonell qui invective son mari à porter secours à ce pauvre Ronald, les visages atterrés suivent stupidement les mouvements de la danseuse. L’acrobate se perche dans un dernier salto swingué sur une chaise miraculeusement restée debout et pousse un contre-ut parfait qui brise tout ce qui reste de verre intact.

           LAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !

           Abruptement comme venant se fracassé sur la note pure, retentit un cri strident et Ailein s’écroule dans la bouillie du sol les deux mains plantées dans son ventre arrondi. Le placenta est rompu. Les eaux du liquide amniotique coulent du sexe de la jeune femme qui, dans ces conditions pour le moins cauchemardesques, ne se rend compte de rien. Les eaux se répandent discrètement tout autour de la pauvre parturiente se mêlant à la boue, aussi pressées de sortir des entrailles d’Ailein que le fluide bleu avait été avide de pénétrer les neurones de Janet.

           Alasdair, dont la verge s’était instinctivement rétractée à la vue du choc terrifiant que venait de subir celle de Ronald, avait commencé prudemment un mouvement de solidarité envers son nouveau beau-fils. Mouvement entamé uniquement parce qu’il était vertement encouragé par Deirdre qui ne supportait pas de voir ruiner ses espoirs d’être plusieurs fois grand-mère, ni de devoir soigner cet appareil épouvantable, mâle et génital qui le lui permettrait. C’était déjà parfaitement dégoutant à l’état normal, elle ne voulait certainement pas en voir un à l’état de bouillie !

           – Bougez-vous les miches Alasdair ! Nom de Dieu !! Ne laisser pas le malheur s’installer sur cette maison ! lui criait-elle au moment où Ailein s’était écroulé dans un cri.

           Ce cri avait pétrifié d’horreur et fait se retourner brusquement le vieux colosse dont le cœur de père avait bondi en entendant la souffrance de sa petite chérie. La contradiction des mouvements alors que les immenses jambes allaient vers Ronald et le large buste accourait vers Ailein, ajoutée à la maladresse de la vieillesse et à la gadoue glissante du sol, lui avaient fait comme un croche-patte. Et le malheureux s’était à son tour écraser lourdement au son du sinistre craquement des ses deux tibias.

           Criic Craac Crounch

           Ainsi, à la ruine de la cuisine, un capharnaüm de braillements et de gisants de toutes sortes venait compléter le cauchemardesque tableau. Le râle choqué et douloureux d’Alasdair auquel s’ajoutaient les bramements de Ronald, les cris haletants d’Ailein, les vociférations outrées de Deirdre et les hurlements de rire de Janet qui ne s’était jamais autant amusée faisaient accourir tous les convives du château. C’était tellement répugnant et affreux que la foule était entrée en transe. Fascinés et jouissant cruellement du spectacle de la ruine d’autres qu’eux, les curieux en oubliaient complètement de réagir. Ils se bousculaient dans le couloir. Se marchant les uns sur les autres. Tendant leur smart phone à bout de bras. Filmant tout pour avoir son compte d’horreur à regarder et à partager plus tard plutôt que d’appeler les secours tout de suite, par exemple. Un sujet de conversation aussi inépuisable et extraordinaire que ce qui se passait là, ça aurait été un scandale de ne pas le mettre en boite pour l’éternité ! Pensez donc !…

           C’était tellement hallucinant que nos quatre fantômes en étaient pétrifiés.

           Ne sachant plus que faire face à cette avalanche d’événements tous plus inquiétants les uns que les autres, ils restaient là les bras fantoches et ballants. Quand soudain…

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