Ghost Munster. Chapitre quatre (part 2)

Ghost Munster. Chapitre quatre (part 3)
Ghost Munster : chapitre quatre (new suite 1)

Ghost Munster. Chapitre quatre (part 2)

Ghost Munster

Chapitre quatre (part 2)

la peine originelle.

Illustration du chapitre quatre de Ghost Munster par Mary Blue Melville

… Billy a cinq ans, presque six. Il est sorti par le jardin de devant alors que sa mère était occupée à répondre au téléphone. Il marche dans la rue, seul. Il sait où il va. Ça l’attire comme un aimant.

            Pour la première fois de sa vie, il va pouvoir explorer cet endroit qui le fascine tant : l’épicerie Brown & fils qui fait le coin de la rue.

            Il n’a jamais l’occasion de rentrer dedans car sa mère le laisse seul avec ses voitures sur le trottoir d’en face. Trop petit. Trop de chiens. Et pas question que tu empestes le magasin ! lui crache sa mère chaque fois qu’il a l’audace de demander pour y venir avec elle. Il le sait mais il ne peut s’empêcher de demander. C’est plus fort que lui. Il faut qu’il sache ce qu’il y a de magique à l’intérieur. Car c’est un endroit magique, il en est sûr puisque sa mère y entre en colère et en ressort toujours détendue et souriante pendant un temps, des fois jusqu’au coucher. Et même, parfois, elle en ressort avec un trésor, pour lui. Rien que pour lui. Une sucette. Un autocollant de son dessin animé préféré. Ou une voiture. Et, une fois, ô merveille, avec un livre d’histoires. Plein d’image de pirates, de chevaliers, de princesses, de sorcières et de lapins qui parlent, il le sait parce qu’il a appris à le déchiffrer presque tout seul, aidé de la seule personne qui supporte sa compagnie, la vieille Cathy. La vieille fille à chat, comme l’appelle sa mère. Elle est si vieille qu’elle est aussi ratatinée que la sorcière du livre. Et elle aime tellement les chats qu’elle en a autant que la sorcière qui en avait quatre vingt dix neuf, tous ronronnant, tous sournois et presque tous aussi vieux qu’elle, du moins c’est ce qu’il semble à Billy. Il règne d’ailleurs dans cette maison une ambiance hypnotisante de ronronnements ininterrompus et d’odeurs ammoniaquées et abominables d’urine de chat. Enfin, ça c’est la mère de Billy qui le dit, Billy, lui, trouve ça plutôt agréable qu’on ne lui reproche pas la sienne, d’odeur, et qu’on en ait une qui sente bien pire.

            En tout cas, la ressemblance avec la sorcière était tellement forte qu’un jour qu’elle préparait sa soupe en même temps que Billy feuilletait son livre, il avait levé les yeux vers elle, puis, tournant la page et regardant de nouveau l’image suivante, il l’avait vue là, dessinée sur le papier, la vieille Cathy. Toutes deux exactement identiques. Cathy tournait sa soupe exactement comme la sorcière du conte qui tournait son bouillon dans le chaudron, la lumière des bougies éclairant le visage ridé, souriant et édenté de la vieille magicienne tout comme le petit néon de la hotte éclairait celui de la vieille Cathy, toutes deux entourées de chats en boule sur les meubles, s’étirant, se pavanant ou se frottant sur leurs chevilles. La vache! C’était effrayant!

            Wahou !! Coooool ! Elle est trop magique, Mémé Cathy !

            Billy l’adorait, sa petite mémé. Il s’en souvient tout à coup. Il l’avait complètement oubliée, cette petite vieille de la rue Penrose. Même tout à l’heure, quand sa vie avait défilée, il n’y avait pas vraiment fait attention, affolé qu’il était de revivre tous ses mauvais souvenirs.

            Il en avait donc des souvenirs heureux !?… Pourquoi ça ne lui était pas resté ? Pourquoi fallait-il qu’il ait oublié sa vieille Cathy ? Sa douceur, ses chats, ses muffins au chocolat, ses soupes infâmes au goût invariablement de poireaux et d’un petit on-ne-savait-quoi qui rappelait les gamelles des chats et que Billy mangeait quand même pour ne pas lui faire de la peine. Ses lunettes qui marchaient une fois sur deux et les histoires qu’elle lui lisait. C’est comme ça qu’il avait appris à lire. En déchiffrant avec elle, chaque fois qu’elle n’arrivait pas à lire et qu’elle disait en souriant : « va falloir que je m’achète d’autres lunettes ou d’autres yeux, Billy. Tu n’veux pas me dire ce que tu lis toi ?… » et Billy faisait tout ce qu’il pouvait pour se souvenir de ce que pouvait bien vouloir dire le dessin qu’elle lui montrait. Petit à petit, il se souvenait de mieux en mieux, chaque lettre, puis chaque syllabe, puis chaque mot et chaque phrase, chaque jour un peu plus, chaque fois un peu mieux… Il avait à cœur de tout se rappeler car quand il s’en souvenait le visage de Cathy devenait si lumineux et son regard si doux que Billy en avait de la chaleur partout dans son petit corps pour toute sa journée.

            Mais il ne pouvait plus la voir autant qu’il le voulait parce que sa mère trouvait qu’à force d’y aller, il avait commencé à sentir la vieille et la pisse de chat, déjà qu’il sentait le munster avarié, fallait pas pousser non plus ! Du coup, plutôt que de le laisser chez Cathy quand elle allait faire les courses chez Brown & fils, elle le laissait sur le trottoir d’en face. Mais ça ne dérangeait pas vraiment Billy vu que tout le monde était plutôt gentil avec lui même si on ne l’invitait pas à entrer dans les boutiques. Il souriait aux figures qui apparaissaient aux vitrines, on lui souriait aussi de loin, toujours en hochant tristement la tête, cependant. Les gens devaient peut-être le plaindre d’être seul sur ce trottoir ce que Billy ne comprenait pas vraiment, il y était bien, lui.

            Il aime bien ce quartier. Ils y étaient depuis longtemps, du moins, du point de vue de Billy, car il ne se souvenait plus des autres maisons. Même si les souvenirs de carton et de valises qu’on déplace, qu’on défait et qu’on refait, lui semble avoir été très nombreux, il a l’impression qu’il vit dans cet endroit depuis suffisamment de temps pour reconnaître presque tous ses voisins. Faut dire que le quartier est très accueillant pour des gens qui voulaient rester discrets, olfactivement parlant surtout.

            Car il y avait, rien que dans la rue de Billy, pas moins de quatre fastfoods indiens et pakistanais, un restaurant turc et un restaurant thaïlandais. Ce qui au niveau des odeurs vous en impose indubitablement aux narines.

            C’est presque le bonheur, et la famille de Billy commence à respirer un peu, à s’installer, à se détendre, à fréquenter le voisinage. Enfin, surtout l’épicerie Brown & fils que la mère de Billy fréquente assidument tous les jours de la semaine sauf le samedi et le dimanche quand son père ne travaille pas.

            Mais aujourd’hui, la mère de Billy est occupée à autre chose, elle prépare une soirée entre anciennes copines et reçoit beaucoup de coup de fil de vieilles connaissance, toutes plus curieuses que des pies et qui seraient ravies de savoir ce que devient cette bonne vieille Faith. Alors, moins sur ses gardes, elle ne le voit pas s’en aller.

            Billy est tranquille. Il traverse la rue en faisant bien attention comme on le lui a appris. Puis plein de merveilles dans la tête et faisant tinter joyeusement la cloche de bronze du magasin, il pousse la porte de la boutique…

 

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