Ghost Munster. Chapitre onze (part 2)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)
Ghost Munster. Chapitre onze (part 1)

Ghost Munster. Chapitre onze (part 2)

Ghost Munster.

Chapitre onze (part 2)

Illustration chapitre 11 de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

 

– C’est toi qui m’as appelé, n’est-ce pas ? fait-elle en s’approchant du berceau.

Le rire se fait plus fort.

– C’est toi. Forcément, c’est toi, sourit Jeanne à l’enfant.

– M’étonne pas, il empeste le gluon cet avorton, lâche Charlie avec une moue désabusée en regardant les âmes errantes tourner avec envie autour d’eux et du nourrisson. En même temps, pour un p’tit d’être incarné, c’est le contraire qui serait inquiétant…

– Le gluon ? font dans un bel ensemble Billy et Shark en se tournant vers Charlie.

– Ben ouais, le truc qui rend irrésistible les lardons… enfin, je veux dire les bambins !

– Quoi ?! C’est pas la peau douce et l’odeur d’amande qui les rend irrésistible ? s’exclame Billy désappointé.

– Ouais, j’aurai dit un truc dans le genre, moi aussi, fait Shark étonné.

– Hé non, mes petits chéris, fait Charlie plein d’ironie, ce qui rend gaga tous les adultes, c’est le gluon ! Le machin subatomique qui colle de force les quarks entre eux, les vôtres et les siens, quoi ! Ah, ça n’a pas beaucoup écouté ses cours de physique nucléaire, hein les petits gars ?! fait Charlie avec un clin d’œil moqueur vers les deux jeunes spectres abasourdis.

– Physique nucléaire ?!! J’ai même pas fini le primaire ! fait Shark agacé par les airs supérieurs de Charlie. Qui colle de force les quoi ?

– Les quarks, ignare projection d’esprit ! continue Charlie savourant la provocation.

-Non mais il est maboule, lui ! C’est qui ce cauchemar de la fièvre du samedi soir, là ? fait Shark dégoûté en montrant Charlie à Billy.

– Mais c’est vrai que vous ne vous connaissez pas tous les deux ! s’éclaire Charlie, trop heureux de pouvoir humilier à son tour l’affreux canidé. Je te présente Charlie ou Turlututu le chienchinou infernal ! s’esclaffe Billy ce qui fait pester grossièrement Charlie. Charlie, c’est…

– Un opportuniste doublé d’un fauteur de trouble irresponsable ! crache Robert en coupant Billy et en fusillant Charlie.

Le guide regarde Charlie et les apprentis ghosts et réfléchit intensément à une solution pour faire repartir tout ce petit monde dans le grenier du manoir des MacDonell où Clémence était en train de les emmener. Seulement, le chien lui pose un sérieux problème. Il n’est pas question qu’il l’emmène au grenier avec Clémence qui doit être folle de rage de les avoir, une fois de plus, perdu de vue.

– J’aimerai bien que tu repartes là d’où tu viens, l’cabot savant ! Parce qu’on est surveillés de près et que tu n’es pas non plus en odeur de sainteté à la Maison Mère, si tu vois de quoi je veux parler, s’énerve Robert de plus en plus tendu par la situation.

– Pffu ! J’aimerai bien, Robert, le maître ! Mais c’est pô possible ! lui jette Charlie effrontément.

– Et pourquoi ça ?! demande Robert soupçonneux.

– Regarde autour de toi, grand maître ! T’as pas vu où on avait atterri ?! T’es pas bien observateur… raille Charlie qui n’est pas tout à fait à l’aise quand même.

Robert regarde autour de lui les sourcils froncés d’inquiétude. Et, abruptement, ça lui revient. Une salle blanche, un lit à barreaux, et des entités errantes beaucoup trop nombreuses pour une simple chambre d’habitation.

– Et merde ! laisse échapper Robert qui vient de comprendre.

– Je ne te le fais pas dire, mon cher !

– De quoi ? font Jeanne et Billy inquiets de voir Charlie aussi nerveux.

– Comment ça merde ! s’exclame Shark qui n’aime pas lire la peur sur le visage de son guide. Parce qu’après tout, même si il s’en méfie, il est quand même plus au courant que lui sur les dangers potentiels de cette réalité spectrale.

– Il faut sortir d’ici tout de suite ! ordonne Robert en s’élançant vers les couloirs de l’hôpital qu’il a enfin identifié.

– Certainement pas ! s’offusque Jeanne.

– Comment ça ?! Il va falloir apprendre à obéir jeune apprentie ! s’impatiente Robert.

– Je t’assure qu’il ne faut pas rester ici, princesse ! insiste Charlie. Les hôpitaux, c’est pas bon pour vous. Il y a trop de sales trucs qui trainent ici.

– Qu’est-ce que tu racontes ?! se moque Billy amusé. On peut plus être malade, on n’a plus de corps. Tu n’vas pas me faire croire que les bactéries ont des âmes qui peuvent nous contaminer ?! J’te croirais pas !

– Mais non, jeune imbécile, rétorque Charlie agacé. Je ne te parle pas de bactéries mais d’autres choses qui ne sont pas moins infectieuses…

– De toute façon, je ne partirais pas avant d’être sûre et certaine que ces choses, ces… âmes errantes ne s’attaqueront pas à l’enfant d’Ailein ! fait Jeanne en montrant du doigt les ectoplasmes qui s’étaient rapprochés timidement du couffin mais qui s’écartent à nouveau avec des expressions qui en disent long sur la peur que Jeanne leur inspire.

– Tu les vois ?! s’exclame Robert abasourdi.

– Et tu peux les nommer sans qu’ils s’agrippent à toi comme des berniques à leur rocher ?? Et comment tu connais leur nom ?! Charlie est partagé entre l’effarement et l’admiration grandissante qu’il a pour cette jeune revenante vraiment surprenante.

– Bien sûr, que je les vois ! Ce sont des spectres, comme nous, non ?!

– Pas tout à fait, non, fait Robert songeur. Ils appartiennent à une catégorie d’ectoplasmes qui n’évoluent que sur un plan inférieur. Ils n’ont d’autre but que de coloniser des corps vivants que les âmes par désespoir, faiblesse ou trop d’aspiration d’élévation n’occupent pas entièrement. Et normalement, un apprenti qui n’a pas été initié n’a pas la capacité de les voir, même s’il peut les sentir, car ils n’évoluent pas sur le même plan que lui. Ce qui est heureux car ces spectres sont très friands des jeunes auras. Elles s’en repaissent jusqu’à en faire l’un des leur dès que l’un d’eux a le malheur de leur apparaître et de les attirer sur lui. Et les nommer les attirent inévitablement, surtout ici. Sauf… sauf pour toi, ghost Brie…

– Euh… c’est-à-dire que moi aussi je les vois, fait Billy hésitant. C’n’est pas normal ? Elles n’sont peut-être pas comme d’habitude ces âmes errantes ?… Si ?

Billy a à peine fini sa phrase que toutes les âmes errantes de la pièce se retournent vers lui.

– Tss, tss, tss, fait Charlie en secouant la gueule. En tout cas toi, tu ne peux pas les nommer sans avoir de très gros problèmes… Ouh là ! Vraiment énormes les problèmes !

En effet, tout à coup, en plus de celles qui se trouvaient déjà dans la chambre, d’autres âmes errantes arrivent de partout à la fois. Affamées, excitées comme si on avait sonné la cloche de la cantine. Sortant des murs, du sol, du plafond, elles râlent et s’agglutinent autour du petit groupe. Tout en restant à distance de Jeanne dont les yeux recommencent à fabriquer ce bleu si intense, elles s’avancent vers Billy qui ne sait plus par où s’enfuir. Charlie qui ne peut pas plus s’enfuir que les autres, ce qui le décide certainement, se met en position d’attaque. Il s’ébroue faisant ainsi miroiter l’air autour de lui puis dans un embrasement digne des meilleurs effets spéciaux hollywoodien, il se transforme en un énorme Cerbère à trois têtes, bavant et grondant ce qui impressionne grandement les trois jeunes apprentis.

– Ce n’est pas vraiment le moment de faire de l’esbroufe, Tur ! râle Robert qui agite ses mains et fait apparaître une boule d’énergie. Mettez-vous autour de moi ! ordonne-t-il.

Chacun se rapprochent de Robert qui fait grandir sa boule à force de psalmodies et de concentration. Bientôt, tous se retrouvent à l’abri de la sphère d’énergie.

– Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir. Ils sont vraiment très nombreux et absorbent d’autant plus mon énergie ! lâche anxieusement Robert. J’espère que ça fera venir de l’aide, dit Robert en pensant à Clémence mais surtout pas à Pierrette.

– Te bile pas vieux, fait une des têtes de Charlie. J’ai l’impression qu’ils se sont décidés à se faire un autre beefsteak !

– NOOOOON ! hurle Jeanne en se précipitant vers le berceau qui disparaît sous l’amas des ectoplasmes.

Elle se jette sur l’enfant et brise la sphère que Robert arrivait tout juste à maintenir. L’enfant est hébété et sa petite âme commence à sortir de son corps frêle. Jeanne, épuisée par le sauvetage d’Ailein, n’a plus l’énergie suffisante et le bleu qui coule de ses yeux arrive à peine à faire s’écarter du berceau les spectres avides.

Billy sent monter en lui l’affolement et regarde abasourdi l’amas grimaçant et affamé de spectre grandir autour de Jeanne. Mais bientôt enhardies par leur succès, les âmes errantes se retournent aussi vers lui. Elles s’approchent avec un sourire torve sur leurs visages gris et allongés de désespérés. Puis de leur mains avides, elles l’agrippent, approchent leur bouches en forme de mini typhons percés d’un trou noir qui semble sans fond et commencent à lui sucer l’aura. La douleur est atroce. Il sent son énergie partir, ôtée de force de chacune de ses particules, sucée avidement. Il n’a plus soudain de notion de ce qui se passe autour de lui et il est pris dans un tourbillon d’affreuses sensations de terreur et de dissolution. Il entend encore vaguement un amalgame de sons dont certainement sa propre voix qui hurle sa douleur et d’autres qui viennent probablement des quatre autres. Ce qui signifie que personne n’échappe à la curie. La détresse de Billy est immense et il voudrait bien que Pierrette leur tombe dessus comme dans la cuisine. Même s’il doit être banni pour l’éternité mais que Jeanne soit sauve par pitié ! supplie-t-il dans un cri désespéré.

Alors comme encouragées par l’appel de Billy, les âmes errantes se pressent plus fort et enfoncent leurs griffes spectrales dans l’aura tendre de Billy. Billy sentant son énergie se dissoudre de plus en plus vite, n’a plus la force de rien d’autre que de dire adieu à son double, le petit Billy assis au milieu des chats de la vieille Kathy et des odeurs d’urine. Il lui demande pardon, une dernière fois.

Mais, au moment où il est prêt à abandonner tout espoir, il sent une vibration. Un bourdonnement énorme qui couvre tout. Et abruptement la vitre de la chambre éclate et un nuage noir envahit la pièce. Billy ouvre des yeux éberlués devant cette formidable armada d’insecte.

Des mouches ! constate-il ahuri. Encore des mouches ! Les mêmes que pour la folle !

Effectivement ce sont des grosses mouches noires accompagnées de toutes sortes d’autres mouches. Des mouches bleues, des moucherons, des mouches de pierre. Des milliards de mouches qui se jettent sur les âmes errantes comme si c’étaient des excréments particulièrement juteux. Elles les recouvrent toutes entièrement et s’envolent avec elles au son de leur vrombissement les emmenant dans un endroit connu d’elles seules. On entend alors les hurlements de terreur d’Ailein qui voit défiler devant ses yeux exorbités des centaines de formes noires vaguement humanoïdes et bourdonnantes qui n’étaient pas sensées se trouver dans sa chambre.

– Mortes couilles ! s’écrie Charlie, bluffé et usant de cette vieille expression qu’il affectionnait tant mais qu’il avait banni pour cause de trop grande concordance avec son état de spectre stérile. Ça, c’était du sauvetage de la mort qui tue ! s’extasie-t-il.

– TZzzzz… TZzzzz… TZzzzz… fait le nourrisson dans une surprenante et parfaite imitation du vol de la mouche puis éclate de son rire si irrésistible.

Chacun, étonné de cette manifestation de joie incongrue, se penche au dessus du bébé qui sourit aux anges pas tout à fait blancs, ni complètement ailés mais qu’il trouve parfaitement à son goût.

– Mon bébé ! Mon chéri ! Oh, mon Dieu, merci, tu n’as rien ! Par tous les esprits, je vais devenir folle si ça continue !

Ailein, traversant sans ménagement les fantômes ébaubis devant le bébé, s’est précipité vers son enfant qu’elle arrache littéralement au berceau pour l’étouffer de ses baisers et de ses caresses. Elle rit avec l’enfant autant qu’elle sanglote, ne sachant plus si du soulagement ou de l’effroi, elle ressent les effets.

– Quel cauchemar ! Oh, mon Dieu ! Merci ! Quel cauchemar ! Oh, mon Dieu ! Merci ! Quel cauchemar ! Oh, mon Dieu ! Merci ! répète-elle inlassablement.

Les cinq esprits se regardent gênés. Puis reportent à nouveau leurs regards sur l’enfant et sa mère. Le nourrisson agite la main comme pour les saluer.

Soudain, ils se sentent repartir comme si l’élastique qui les avait accrochés avait cédé.

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)
Ghost Munster. Chapitre onze (part 1)

Poster le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest