Ghost Munster. Chapitre onze (part 1)

Ghost Munster. Chapitre onze (part 2)
Ghost Munster. Chapitre dix (part 3)

Ghost Munster. Chapitre onze (part 1)

Ghost Munster.

Chapitre onze (part 1)

Appel à l’aide inopportun

Illustration chapitre 11 de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

Clémence, Clémence, Clémence… Robert ne comprenait pas ce qui lui arrivait avec elle. Son cœur qu’il n’avait pas, se rappelait à lui en pulsations invraisemblables quand il était à ses côtés. Une chose improbable qui n’avait aucun sens dans cette dimension de l’univers. La concurrence, la méfiance, le calcul, oui, toutes ces choses avaient cours entre les âmes bleues mais cette chose, ce sentiment qu’il pensait purement mortel, uniquement lié aux vivants… Tout dans la Maison mère poussait les esprits à ne plus ressentir pareil émotion. « Handicap Mortel » était l’expression dévolue pour le nommer en secret. Ça voulait bien dire ce que ça voulait dire. Alors pourquoi lui ? Et pourquoi Clémence ?

Parce qu’elle l’avait fait rêver, peut-être, avec ses plans de libération, de réincarnation se rappelle-t-il avec émerveillement. C’était elle qui avait repéré ces deux mortels en errance. Elle qui était venu à lui pour lui exposer les grandes lignes de ce qu’elle avait longuement mûri. Elle qui l’avait convaincu de s’allier à elle dans cette entreprise dangereuse mais, ô combien, séduisante. Elle qui avait su manœuvrer auprès de Pierrette pour la convaincre de les intégrer malgré ou plutôt grâce aux particularités de ces deux adolescents en passe de se désincarner. Elle qui avait suggérer de mettre de leur côté un élément nouveau qui créerait la surprise et ferait enfin pencher la balance du côté de Pierrette mais surtout du côté des âmes bleues. Elle, enfin, qui avait allégé son cœur douloureux d’être depuis si longtemps au service des Deux Uniques sans aucune autre perspective et ce pour l’éternité…

Robert ne veut pas se l’avouer mais bien malgré lui, son admiration pour Clémence lui rempli de plus en plus l’âme et le grand esprit à la peau aussi sombre que celle de Clémence est claire, se ressaisit à la pensée de tout ce que Clémence avait envisagé de faire… avec lui…

Alors que Robert rêve enfin de liberté ce qu’il n’avait plus osé faire depuis au moins douze éternités, les trois jeunes apprentis communiquent en silence. Et via leur porte pensée personnel qui s’amuse de plus en plus de tout cet agréable changement dans la morne répétition de son éternité, les trois esprits adolescents essaient de réunir les informations qu’ils ont récoltées par leurs observations.

Seul Shark ne sait pas que les deux autres bénéficient d’un messager qui leur facilite la communication. Cependant il fait montre d’une telle ingéniosité dans sa façon silencieuse de communiquer qu’il force l’admiration de Billy et renforce la détermination de Jeanne à l’inclure dans le groupe. Il faut dire que, vivant, Shark avait dû user de beaucoup de ces artifices pour maintenir le plus longtemps possible sa vie et celle de ses amis face à la milice. Et c’est d’ailleurs grâce à ça qu’il a gardé son sens pointu de l’observation qui épate les deux autres.

Quant à Charlie qui, lui, en sait bien d’avantage encore mais dont l’esprit cabotin se réjouit de toute cette effervescence forte innocente à ses yeux, joue, par pur jouissance de sa supériorité, à semer le doute. Et il ne donne qu’avec parcimonie et beaucoup d’ironie de nouveaux éléments susceptibles de les dérouter encore plus.

Décidément, il commence vraiment à les aimer ces trois-là. Même cet avorton caribéen car, comme il peut le constater directement dans l’esprit de Jeanne, il n’a pas la préférence sentimentale de sa princesse mais seulement son intérêt stratégique, ce qui le contente pleinement. Bien sûr, il ne peut pas rivaliser avec les sentiments que nourrit Jeanne à l’encontre de Billy. Mais il se dit qu’avec un peu d’habileté, il saura se mettre au premier rang dans le cœur de la jeune fille. Et le chien, discrètement, se plait à imaginer des situations qui les amèneraient tous les deux à partager des moments de félicité. D’ailleurs il ne s’en rend pas compte mais il commence à ronronner de plaisir.

M’enfin, pense Billy, qu’est-ce que c’est que ce bruit de moteur ?! On dirait… C’est dingue, on croirait le ronronnement d’un chat ! D’un chat énorme !

Et Billy inquiet, regarde prudemment autour de lui. Puis, une pensée effrayante le traverse et sondant son esprit, il cherche effaré la présence d’une entité indésirable se disant que si Charlie est capable de s’introduire dans son esprit sans qu’il s’en aperçoive, d’autres bestioles tout aussi « spirituelles » peuvent certainement en faire autant !

Nom d’un chien ! Il n’en est pas question ! se rebiffe Billy et instantanément, sans qu’il n’en ai jamais entendu parlé auparavant, un dharma, une loi de vérité, se forme dans son esprit que naturellement il commence à psalmodier silencieusement… Que toute entité cachée se voit dévoilée… Que toute entité cachée se voit dévoilée… Que…

– Arrête ! Espèce d’idiot ! siffle Charlie. C’est pas le moment de se faire repérer ! s’affole ce dernier dont les contours commencent à réapparaître devant les trois adolescents.

– Quoi ?! Ah ben merde alors ! s’exclame benoitement Billy.

Ce dernier sourit car il voit avec satisfaction les traits inquiets du chien avant qu’il ne disparaisse à nouveau. Et avec un étrange contentement, il perçoit de nouvelles possibilités de reprendre la main sur des événements qui jusqu’ici lui échappaient totalement. Et il compte bien réfléchir sérieusement à les développer.

Mais qu’est-ce que fait Charlie ?! s’énerve Jeanne de son côté. Ils avaient bien assez de choses à gérer comme ça ! Pas la peine d’en rajouter !

Robert qui, à l’exclamation de Billy a relevé la tête, lève la main pour la poser sur l’épaule de Jeanne et la forcer à s’écarter. Car il lui a semblé voir l’esquisse d’une longue mèche bleue.

Jeanne, tout à coup, se sent comme tirée par le bout de l’aura. Et soudain sans que rien ne vienne annoncer le changement, ils se retrouvent tous les cinq dans la chambre d’hôpital où Ailein et son bébé ont atterri.

– M’enfin ! s’étonne ébaubis Billy.

– Ben merde alors ! s’exclame Shark joyeusement.

– Oh, la, la, soupire Charlie qui est réapparu.

– Mais qu’est-ce qui se passe encore ?! s’énerve Robert. Et qu’est-ce que tu fais ici, Tur ?!

– Oh non ! s’écrie Jeanne qui a compris tout de suite ce qui se passait.

Et il était grand temps d’ailleurs que quelqu’un intervienne.

Jeanne s’avance précipitamment et pose les mains sur la forme évanescente qui est presque entièrement sortie du corps pâle d’Ailein. Aussitôt, la brume bleue s’écoule des yeux de Jeanne et entoure les deux jeunes femmes et l’ectoplasme. Jeanne d’une voix basse et profonde parle à cette forme qui essaie de s’extirper, autant qu’à Ailein qui ouvre abruptement les yeux.

– N’abandonne pas, Ailein. Ne lâche pas la vie comme ça. Même si ton corps est lourd. Même s’il est douloureux, ne laisse pas la glace du découragement envahir ton cœur, non plus que le désespoir faire céder ton esprit.

La forme a arrêté ses mouvements d’extraction et semble hésiter.

– Bien sûr, les événements récents surgis autour de toi, le jour même de ton mariage sont absolument effrayants. L’abattement qui t’accable est tout à fait logique et évident. Tu as certainement donné beaucoup de ta vie en l’insufflant à ton enfant. Mais, Ailein, rien n’est plus facile pour toi d’en retrouver, de faire le plein à nouveau d’énergie. L’enfant t’appelle à grands cris car il n’a qu’une envie. Celle de se blottir dans tes bras pour partager la force qui grandit en lui. Accepte de te retrouver, Ailein. Accepte le don qui t’est donné de pouvoir sentir plus fort, plus profondément la vie que ton âme, sans combat, fuit. Réapproprie toi ce corps que tu voulais quitter et ne laisse pas la possibilité à d’autres de te le voler !

Cette dernière phrase, Jeanne l’a presque crié. On sent dans ses paroles une telle autorité que les entités errantes et avides qui s’étaient agglutinés discrètement autour du corps quasiment délaissé d’Ailein, s’éloignent précipitamment. Ce qui laisse passablement perplexes, Robert et Charlie qui s’entreregardent discrètement.

Le bleu qui coule de Jeanne s’intensifie et pulse comme un cœur qui bat. Une douceur infinie émane du trio et bientôt l’âme d’Ailein, attirée par la sérénité qui s’exhale du corps de la jeune femme, capitule. Elle reprend sa place sans plus d’hésitation. Le corps de la jeune parturiente se détend complètement puis se soulève légèrement et enfin soupire profondément.

Tout dans la pièce semble immobile. Comme si chacun retenait son souffle. Comme si chacun se méfiait de cette sérénité si facilement retrouvée.

Tout à coup, un rire de grelot monte du couffin. Un rire de joie pure. Tous se retournent vers cette vie qui s’exprime avec une telle force que chaque esprit présent dans la pièce se sent attiré vers lui comme par un aimant. A cet instant, Jeanne comprend ce qui l’a attiré si fort ici.

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