Ghost Munster. Chapitre douze (part 2)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 2)

Ghost Munster.

Chapitre douze (part 2)

illustration du chapitre douze de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

M’enfin, pense-t-elle ahurie, qu’est-ce qui se passe ici !

Le sentiment que tout lui échappe la submerge de nouveau et l’angoisse reprend ses droits sur ses pensées. Abattue, Clémence jette un œil inquiet et interrogateur à Robert qui lui adresse un petit hochement de tête hésitant, signifiant, elle l’espère que tout est en ordre. Du moins, pour le moment en conclue Clémence.

Hé bien, soupire une Clémence tourmentée, il est grand temps de passer aux choses sérieuses et de donner à tous ces apprentis-ghosts les leçons de premières nécessités si on ne veut pas qu’il arrive d’autres catastrophes.

            Clémence fait signe à Jeanne, Billy et Shark de se mettre devant elle pendant que Robert se met discrètement à côté d’eux pour continuer à les surveiller et scrute les alentours à la recherche de Charlie. Clémence fronce les sourcils en se demandant ce que cherche ainsi Robert et entame son cours principal, celui de la manipulation de la matière sombre.

            – Ce que nous allons commencer à apprendre aujourd’hui est la maîtrise de la matière meuble ou sombre. Autant vous dire que c’est votre leçon la plus importante de toute votre carrière d’apprenti. Alors ouvrez vos esprits au maximum, s’il vous plait, car la maîtrise de cette leçon est fondamentale, et Clémence pour appuyer ses affirmations essentielles regarde chacun au fond de l’esprit.

            Les apprentis-ghosts sentent par tous les sens de leurs particules que le moment est capital. Ils ouvrent tous des yeux hagards et des bouches avides, pressés d’acquérir enfin des pouvoirs qu’ils ont jusqu’ici seulement imaginer.

            – Cette matière, reprend Clémence sentencieusement, que certains vivants, en général scientifiques de profession, appellent matière noire ou non matière. Elle est composée de milliards de milliards de milliards de milliards de tritions qui, si vous avez quelques souvenirs de vos cours de physique nucléaire, seraient des sortes de super fermions bien que leur structure soit assez différentes. Il faut vous représenter une masse nucléaire non lisse qui soit plus au moins sphérique mais tridimensionnelle. Tridimensionnelle dans ce sens où elle se compose de trois sommets un peu allongés, comme des petits flagelles, si vous voulez, munis chacun d’un crochet souple à son extrémité. Crochet qui est en fait un petit chapelet de boson, nos petits médiateurs de forces entre les masses atomiques au comportement ici un peu particulier notamment dans la force d’interaction forte. Il faut que vous compreniez bien, chers apprentis de la matière sombre ou meuble, que les bosons spécifiques à chaque force ne travaillent plus comme dans la matière vivante que vous connaissiez jusqu’ici en unités d’un fermion à l’autre mais en collision en chapelet de deux à six bosons d’un trition à l’autre. Représentez-vous la petite expérience amusante du pendule de Newton. Vous avez cinq boules de métal alignées les unes à côté des autres et suspendues par des fils de fer à une barre. Lorsque vous lanciez la première boule de la file elle s’arrêtait au contact de la deuxième qui ne semblait pas bouger mais qui transmettait la force du mouvement jusqu’à la dernière qui s’envolait de l’autre côté et revenait avec une force moindre mais redonnait le mouvement jusqu’à la dernière boule et ainsi de suite. C’est à peu de chose près ce qu’il se passe avec nos chapelets de bosons que nous appellerons bosarandoles, une contraction de boson et de farandole si vous le voulez bien. Ils ont la particularité de pouvoir se lier à d’autres bosarandoles d’autres tritions et de changer de masse atomique dans la limite de deux à six sur une même file. Ni moins, ni plus ! C’est très important de vous le rappeler car la réaction atomique est toujours possible même dans notre matière hyper meuble. Bref tout ceci rend toute ces petites particules très « sociables » et surtout très volage et change l’aspect et les réactions des quatre forces élémentaires de la matière vivante et lumineuse qui sont, je vous le rappelle, les forces d’interaction forte, d’interactions faible, électromagnétique et de gravité. Et parce que tous ces super fermions ou tritions n’ont qu’une envie, se lier les uns aux autres dans un ordre sans cesse changeant, sans jamais se fixer, dans le plus parfait désordre, cela nous donne une espèce de mélasse hyper massive, absolument non coordonnée et donc sans aucune forme ou luminosité. C’est une forme de pluie incessante de particules qui ne tombe pas mais qui s’éparpille en couches les unes sur les autres. Pour les vivants elle apparaît noire ou transparente mais pour nous qui en faisons partie, elle est plus comment dire, « parlante ». Bien sûr, vous avez l’habitude de « comprendre » l’air ambiant comme une dimension transparente, votre esprit refait ainsi le transfert de votre ancien savoir et la mélasse vous reste donc invisible. Mais si vous vous concentrez un peu vous verrez toutes les particules plus ou moins concentrées selon que votre volonté les guide ou non. Evidemment, « voir » tout le temps la mélasse n’est pas spécialement confortable et tend à nous faire confondre les différentes formes. Ça s’éloigne un peu trop de ce que l’on a l’habitude de maîtriser. Donc, je vous conseille de vous concentrer sur une petite partie de cette hyper mélasse si vous voulez la voir. Pensez à un espace délimité en forme de planche, ce sera déjà suffisamment difficile à maintenir. Il existe plusieurs dimensions ou plans dans cette hyper mélasse comme je vous le disais lors de notre cours sur le temps. Nous pouvons en maîtriser une certaine partie, celle de notre dimension. Nous jouons sur les dimensions des espaces plans. Nous en avons trois privilégiées sur les douze existantes qui sont l’unitaire, celle des particules élémentaires, la quinquaire, la dimension appelée quatrième dimension par les inventeurs de la science fiction humaine et la sextaire, trois dimensions dans lesquels nous pouvons nous déplacer. Ainsi que quelques interventions dans les troisième et quatrième dimensions terrestres. Car nous évoluons dans une des dimensions supérieures ou transversales, selon le point de vue, dans cette hyper mélasse qui occupe quand même un quart de l’univers. Alors que la matière lumineuse et carnée dite « vivante » n’a pour terrain de jeu qu’à peine cinq pour cent de la matière de l’Univers. Nous avons donc à notre disposition une matière hyper massive, hyper malléable et pour ainsi dire infinie. Très, très, très malléable est sa particularité ce qui constitue la première grande difficulté de cette maîtrise de l’hyper matérialité qui vous attend, résume Clémence dans un geste théâtral qui pointe du doigt le petit groupe d’apprentis ghosts.

            Là, évidemment, on se dit que Clémence parle forcément dans le vide depuis au moins dix bonne minutes. Elle a devant elle un public de jeunes plus ou moins avancés dans les études et plutôt moins que plus surtout dans celles dites de la physique nucléaire. La logique, même quantique, ne peut ignorer que ça va leur passer à des millions de kilomètres au dessus la tête. D’ailleurs, les bouches ouvertes et les mentons tombés témoignent d’un certain ébahissement, et même d’un ébahissement certain.

            Pourtant cet air idiot qui s’est plaqué sur les visages adolescents et boutonneux des apprentis n’est pas la preuve de leur débarquement sur le bord de la route du savoir spirituel et atomique mais, tout au contraire, le témoignage de leur étonnement face à la facilité avec laquelle ils absorbent toute cette explication savante.

            Incroyable ! Trop de la balle ! D’enfer ! Nom de Lao tseu ! sont quelques exclamations parmi bien d’autres qui explosent dans les esprits en hyper apprentissage.

            – Donc, poursuit Clémence avec ce ton doctoral qu’elle affectionne et absolument sans inquiétude sur les capacités cognitives de ses élèves, une fois que vous avez bien à l’esprit la représentation de ces tritions et de ces bosarandoles, votre travail consistera à organiser ces particules pleines de bonne volonté en choses cohérentes qui pourront vous donner soit de l’énergie pour déplacer des objets, soit un champs de force pour vous protéger, soit un tunnel de déplacement d’aura, soit une apparence différente pour cette dernière. Et pour commencer cette première leçon, vous allez d’abord me montrer par un miroitement léger, je dis bien léger, que vous savez repérer et assembler ces particules. Il vous suffit de vous concentrer sur quelques unes et de penser à les maintenir dans un ordre cohérent, le plus simplement possible sera le mieux. Par exemple deux par deux en ligne d’une douzaine, ce serait déjà très bien. Et maintenant jeunes ghosts, à vos particules !

            Le coup de feu est donné, les hostilités démarrent tout de suite dans un joyeux bruit d’exclamation et d’excitation. Et la concurrence inévitable quand il s’agit d’adolescents devant un défi fait tout de suite rage parmi les jeunes esprits.

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

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