Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 2)
Ghost Munster. Chapitre onze (part 2)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

Ghost Munster.

Chapitre douze (part 1)

Cours subatomique pour ghosts quantiques

illustration du chapitre douze de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

            Dans le grenier des MacDonell, Clémence est rongée par l’inquiétude et des doutes affreux. Elle est loin de ressentir la belle assurance que Robert lui prête. Son esprit est en ébullition et elle essaie désespérément de comprendre ce qui s’est passé. Elle a bien senti comme un appel au lointain tout à l’heure mais le temps de se retourner, elle a vu Robert et les trois apprentis Munster, Brie et Shark, disparaître dans un vague halo rose et blanc. Comme si une énorme layette spectrale les empaquetait et les emmenait faire un tour.

            Stupéfaite et démunie. Voilà comment elle s’était sentie. Surtout après l’épisode hurlant de Pierrette et la bataille d’égo avec Prospère, elle n’en menait pas large et elle devait utiliser toute sa détermination pour ne pas devenir aussi brouillée qu’une omelette. Les apprentis ghosts restés avec elle la regardaient plein d’anxiété. Supposant certainement qu’elle allait savoir quoi faire et quoi leur dire. Elle était pourtant bien incapable de l’un comme de l’autre. Et elle déambulait devant eux de plus en plus vite au rythme de plus en plus effréné de ses questionnements.

            Par tous les trous noirs de l’univers ! Ce que j’aimerai avoir des ongles à ronger ! s’angoisse Clémence. Mais où avaient-ils bien pu passés ?! Quelle était cette chose qui les avait embarqués ? Et comment l’âme de cette pauvre femme avait bien pu disparaître ?! se rappelle soudain Clémence avec effarement. Et pourquoi Turlututu s’était-il caché au milieu de cet imbroglio ? Ce n’était pourtant pas son genre de rester dans des endroits aussi fréquentés, surtout par des vivants et des apprentis ! C’est un gardien, pas une nounou !

            Depuis qu’elle avait eu cette fameuse idée qui avait germée dans son esprit et qui n’avait fait que la tarauder pendant des siècles, elle avait constaté des anomalies de plus en plus nombreuses dans le fonctionnement de la Maison Mère. Elle avait eu des doutes de plus en plus forts au fur et mesure qu’elle découvrait de nouveaux accrocs dans la matière meuble qui les accueillait, la matière noire comme l’appelait depuis peu les savants vivants. Elle se demandait même avec effarement et en même temps avec un peu de soulagement si tout ça n’était pas dû à son esprit tout à coup dévoyé. Elle ne pouvait jurer que sa nouvelle façon d’appréhender les fondations de la destinée était responsable de toutes ces aberrations mais elle ne pouvait pas plus affirmer qu’elle ne l’était pas. Et cela aussi la rendait très, très nerveuse car tout ce que Clémence ne pouvait pas contrôler était pour elle comme une preuve de ce qu’elle se doutait depuis l’apparition de l’humanité, une force nouvelle opérait en souterrain. Le problème était que Clémence ne savait pas déterminer de quel côté penchait cette force. C’est d’ailleurs ce qui l’avait conduite à chercher une autre issue à son sacerdoce d’âme bleue. D’où cette entreprise extravagante qu’elle avait imaginé et dans laquelle elle avait entraîné Robert et quelques autres âmes bleues en mal de liberté.

            Seulement, les choses et les esprits lui échappaient de plus en plus. Et c’était insupportable !

            Elle commençait même à se demander si les petits mensonges qu’ils avaient donnés sur les langues que Robert et elle parlaient par exemple n’allaient pas se retourner contre eux. Il était pourtant indispensable que Billy et Jeanne, comme elle les appelait encore à part elle, s’imaginent que Robert et elle-même avaient été des humains comme eux. Il leur fallait croire à un lien de parenté car si Robert, elle et les autres âmes bleues n’étaient pas considérés comme d’anciens humains, elle n’était pas certaine qu’ils prendraient leurs défenses, qu’ils les aideraient. Les humains étaient si compliqués, si complexes et si fascinants. Elle avait tant hâte de goûter enfin à cette incarnation qui leur était interdite.

            – Excusez-moi, maître Clémence, fait prudemment Macht en interrompant Clémence dans ses profondes réflexions et prenant du même coup la parole pour le petit groupe qui entre-regarde avec une anxiété grandissante. Mais… pardon de vous déranger,… cependant… est-ce qu’on ne pourrait pas commencer une première leçon ? finit-elle par lâcher d’un coup. Puis voyant que la foudre ne lui tombait pas dessus, elle s’enhardit un peu plus… Parce que sans vouloir vous offenser, on se demande un peu si c’est une école ou un cirque ici !

            – Mais enfin, Macht ! la rabroue Passie effarée par l’audace de sa sœur. Hum, hum… fait la jeune flamande au teint sombre, l’anxiété suant derrière ses lunettes en forme de grand papillon carré. Mais, continue-t-elle cependant courageusement, c’est vrai que si on pouvait avoir l’impression un tant soit peu d’être en apprentissage, ça nous paraîtrait moins long et, comment dire… ce ne serait pas dommage ! conclue-t-elle finalement avec autant d’impertinence que sa sœur précédemment.

            – Et c’est moi qui exagère ! Pfffuu, siffle Macht en levant les yeux au ciel.

            – Pardon ?! s’offusque Clémence dont la présence des apprentis lui revient brutalement à la conscience. Evidemment, apprentie ghost ! Mais il est normal d’attendre que tout le monde soit présent, il me semble, non ? jette Clémence avec hauteur. Il n’est pas question de donner un quelconque cours de quoi que se soit s’il manque une partie de la classe. Ce serait parfaitement irresponsable ! insiste Clémence pleine d’agressivité nourrie par cette angoisse qui la taraude.

Les apprentis, choqués par la colère de leur professeur, restent pantois. L’effarement que lit Clémence sur les visages lui donne des remords et elle se demande si elle ne peut effectivement pas proposer une diversion en attendant que Robert revienne avec les autres apprentis.

– Mais puisque vous insistez, ajoute-t-elle avec agacement pour cacher son embarras, nous allons effectivement commencer un premier atelier d’activité. Activité numéro un : déplacement.

            – Déplacement ?! s’exclame, effaré, le plus grand des trois apprentis japonais. Mais nous le savons déjà comment nous déplacer, non ?! crache Tantoo avec dédain.

            – Vraiment ?! ironise Clémence. Et bien, nous vous regardons Tantoo. Déplacez-vous d’ici au bout du grenier là-bas.

            Clémence montre le fond du grenier qui doit bien faire une cinquantaine de mètre. Un pli d’amertume se forme au coin de la bouche du japonais à l’énoncé de cette tâche si indigne de sa personne. Les sourcils levés, Tantoo consulte ses deux comparses d’un air de profond scepticisme quant à la valeur de ce professeur. Puis, comme si l’honneur de l’Empire japonais en dépendait, il se drape de sa dignité comme d’une toge, et s’avance lentement mais grandement.

            Cela lui prend un peu de temps mais Clémence le laisse faire jusqu’au bout, un petit sourire énigmatique peint sur son visage. Quand Tantoo, arrivée au bout de son laborieux parcours, se retourne et relève le menton d’un air de défi, Clémence laisse son sourire s’épanouir.

            – Une très belle prestation, Tantoo… pour un vivant ! Une classe indéniable mais aucune maîtrise de la matière meuble ! lui lance-t-elle gaiement.

            Et dans une démonstration parfaite, Clémence fait d’abord vibrer l’air autour d’elle puis ouvre un tunnel de distorsion jusqu’à Tantoo et se laisse happer en laissant derrière elle une longue ligne bleue pour réapparaître auprès de l’apprenti. Ce qui en gros lui prend trois secondes et demie.

            – Ça, c’est une démonstration de déplacement, mon cher Tantoo, lui fait joyeusement Clémence avec un clin d’œil. Et devant l’air ahuri de ce jeune ghost si hautain quelques instants plus tôt, Clémence éclate d’un grand rire franc lâchant d’un coup un bonne part du stress accumulé. Ce qui ne lui était plus arrivé depuis longtemps et qui dans les circonstances actuelles lui remonte agréablement les batteries énergétiques.

            – Et encore, je vous l’ai fait au ralenti pour que vous puissiez apprécier la démonstration à sa juste valeur, continue gaiement Clémence. Non, en réalité je voulais vous parler du déplacement d’objet. Prenez mon bras, Tantoo, lui dit Clémence avec gentillesse, ce que fait le japonais avec réticence car il n’a pas apprécié d’être l’objet de moquerie de son maître.

            Une fois son apprenti accroché, Clémence rassemble les particules positives et négative que son rire et son lâcher de stress ont laissés autour d’elle et recommence la démonstration mais beaucoup plus rapidement cette fois-ci.

            Au moment où Clémence réapparaît devant le petit groupe, Tantoo accroché à son bras, elle voit les yeux de ses élèves s’agrandirent de stupéfaction. Satisfaite de l’effet qu’elle a obtenu, elle se tourne vers Tantoo pour le remercier de sa collaboration et c’est à cet instant qu’elle voit ce qui a réellement stupéfait ses apprentis. Robert, Billy, Jeanne et Shark se sont matérialisés en même temps que Clémence et Tantoo et se regardent les uns les autres, encore perturbés par ce qu’ils viennent de subir et étonnés de se retrouver après ça précisément aux côté de Clémence.

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