Ghost Munster. Chapitre 1, suite 2

Ghost Munster. Chapitre 1, suite 3
Ghost Munster: chapitre un (Suite 1)

Ghost Munster

Des chaussures de plombs. Suite 2…

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Voilà ce que pense férocement Billy en arrivant sur la berge. Pas de remord ! Pas d’hésitation !

– Allez Billy, encore quelques petits efforts et tu seras bientôt un cadavre gonflé d’eau putride et de bonheur, s’encourage tout haut l’adolescent.

            Non parce que si, au moins, il avait eu une solution, un régime à faire, une opération à subir ou des chaussettes en charbon super absorbant, il aurait pu envisager les choses sous un autre angle ! Être plus nuancé dans ses choix ! Seulement la science ne perdait pas son temps avec un sujet aussi trivial que le dérèglement olfactif des pieds dont personne, à part lui, ne souffrait ! Les chercheurs voulaient bien chercher, c’était leur métier, bon. Mais fallait pas non plus pousser mémé dans les orties et la science dans les ornières, il y avait des limites !

            Enfin bref, pour résumer, c’était intenable !

            Oh, Billy avait bien des moments de répit… La nuit, ou l’après midi des fois, lorsqu’il s’endormait. Parce que pour affreuse qu’était cette malédiction, elle n’en était pas moins étrange car chaque fois qu’il dormait l’odeur soudain cessait. Et alors, le monde subitement s’arrêtait ! Les femmes pleuraient d’émotion en le regardant, sa mère tombait en pâmoison en l’admirant, les oiseaux cessaient de chanter, les chats ronronnaient et les souris reprenaient leurs activités.

            D’ailleurs, petit, il n’avait jamais vu que son parc, son lit, sa chambre et sa mère, une épingle à linge sur le nez, lui lavant les pieds avec acharnement ou lui donnant la tétée car, éveillé, sa mère le cloîtrait. Mais dès qu’il s’endormait, madame Brand, mourant d’envie de montrer son petit dieu si adorable, le sortait pour le faire admirer aux voisines désœuvrées du quartier. Ce qui, parait-il, suscitait des vagues d’émotions incontrôlables chez les pauvres femmes. Billy soupçonnait même sa mère d’avoir utilisé plus que de raison, ces calmants qu’on donne aux bébés trop braillards, profitant du sommeil de son enfant pour organiser des après-midis brunch et congratulations.

            « Venez boire le thé, ça me ferait plaisir. Vous pourrez voir Billy comme ça… Oh, oui, Faith, il est si adoooorable ! »

            Une habitude tout à fait satisfaisante pour la jeune maman ! Enfin, jusqu’au jour où malgré les précautions de Faith Brand qui n’avait pas dû bien doser le produit, à moins que l’organisme florissant du nourrisson ne se fût habitué, Billy se réveilla au milieu de ces dames…

            Cet après-midi là, le temps est particulièrement doux et une brise tiède caresse agréablement ces dames qui pépient. Elles entourent le couffin du bambin s’exclamant avec force soupirs admiratifs quand Billy ouvre les yeux et, découvrant que le monde existe aussi sous une autre forme que la figure renfrognée de sa mère, il lui sourit. Il déclenche aussitôt des cris d’émerveillements et des soupirs de pâmoisons.

            OH ! AH !

Mais tout à coup, Mademoiselle Gaylord, qui voulait faire forte impression sur le futur dieu des cours d’écoles et qui s’était avancée la première au-dessus du petit Billy, se relève abruptement, l’air choqué et regarde de tous côtés, la main sur le nez. « Vous n’auriez pas oublié un vieux fromage quelque part, Faith ? s’exclame-t-elle épouvantée.

            – Non, pourquoi ? fait la mère de Billy d’un air faussement innocent cherchant d’un regard inquiet le biberon plein de calmant de l’enfant.

            – Parce qu’il y a une odeur, excusez-moi, Faith, mais qui me rappelle un horrible vieux fromage français qu’on a voulu me faire goûter en Alsace cet été. Un certain… Munster. J’en ai eu des hauts-le cœur pendant des heures.

            L’odeur qui s’est attaquée aux autres narines, enveloppe maintenant ces dames qui acquiescent violemment aux propos de mademoiselle Gaylord.

            – Oui ! Ah, oui ! C’est sans nul doute ces affreux français et leurs expériences laitières abominables ! s’exclament-elles toutes choquées.

            Alors, incapables de continuer à admirer le divin poupon sous peine de s’évanouir, elles se lèvent toutes subitement pour chercher frénétiquement ce qui peut bien produire cette odeur si insupportable.

         La pauvre Faith est la plus acharnée de toutes. Soulevant les coussins, les tasses, les fauteuils, bousculant ces dames, ouvrant grand les fenêtres, les placards, elle s’insurge violemment contre ces français qui osent si effrontément ruiner sa délicieuse maisonnée ! Une effervescence affolée s’est emparé de chacune et met le bazar partout pendant un certain temps.

            Et puis, à un moment, les recherches restant vaines, timidement, Mme Berendorf du numéro treize de la rue, peut-être par honnêteté ou par commisération, suggère que, éventuellement, son petit Rudolphe, un fox terrier apathique de quatorze ans, avait pu laisser échapper, c’était possible, mais alors seulement parce qu’il était vieux et malade, un gaz odorant…

           – UN GAZ ODORANT ! s’exclame Faith Brand au milieu des dames scandalisées de cet aveu. UNE BOMBE CHIMIQUE, OUI ! JE VOUS INVITE ! Je vous nourris ! Je vous laisse admirer mon adorable Billy, siffle-t-elle, et vous, vous vous amenez avec votre bête malade et décatie qui pourrit l’air que respire mon fils adoré ! DEHORS !!…

            Bien sûr, à l’époque, toutes ces dames avaient applaudi avec force l’énergique réaction de Madame Brand mais l’odeur persistant et l’ambiance s’étant quelque peu… flétrie, en s’excusant beaucoup, elles avaient fui l’abominable effluve.

            Mme Brand, après cela, avait pu jouer encore quelque temps la voisine blessée d’un si grand affront mais Billy grandissant, dormant de moins en moins et l’odeur revenant de plus en plus souvent et de façon persistante, il avait fallu déménager.

            Car Mme Brand n’aurait pas survécu à l’affront de reconnaître que cette odeur si délétère était celle de son adorable petit garçon. De plus, un jour que Madame Berendorf passait avec son vieux fox terrier en laisse devant la maison des Brand, dans laquelle le petit Billy, bien réveillé à cause d’une gastro, dégageait particulièrement, Rudolphe, par inadvertance ou à cause de son grand âge, tourna la tête vers l’odeur et… mourut abruptement. La truffe explosée, le cœur foudroyé.

            Alors, il avait bien fallu se rendre à l’évidence. Le secret, bientôt, serait complètement éventé. Ce qui, dans ce cas précis, était une catastrophe, évidemment. Acculés, les Brand avaient rapidement rassemblé leurs affaires et étaient partis sans plus de cérémonie, en catimini, une nuit de brouillard intense, à l’affut comme des bêtes traquées. Ce fut là le début d’une longue série de malentendus, de vexations et de déménagements qui avaient fait de la vie des Brand, en général, et de Billy, en particulier, un véritable enfer.

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