Lettre d’amour à l’amour

Lettre d’amour à l’amour

Lettre d’amour à l’Amour

J’aime mon amour d’un amour amoureux immense et merveilleux.
J’ai aimé, j’aime et j’aimerai mon amant aimant qui m’aimante en m’aimant.

J’aime.

J’aime être aimé.

J’aime aimer.

L’amour qui à chaque instant me traverse est comme un océan doux et chaud dans lequel je m’éveille, je m’étire, je m’émerveille d’être.

Je l’ai aimé. Je l’aime.

Je m’aime.

De lui, je rêve d’être aimée.

J’aime l’aimé.

J’ai aimé.

J’aimerai.

Je l’aimerai pour toujours mon aimé.

Mes seins rêvent de ses mains. Mon sexe s’enflamme pour le sien. Tout mon corps soupire après sa bouche. Il aspire que dans les moindres recoins, elle le touche. Mon cœur soupire à danser au rythme du sien. Mon âme s’éclaire à la lumière de son esprit. Partout, je traque son odeur. Je le vois assis auprès de moi, dans mon avenir pas si lointain, ridé comme une vieille prune, ses yeux pétillants, sa peau plus douce que le vélin. Je le sens dans mes pensées. Je l’imagine avec moi dans cet endroit merveilleux que nos deux cœurs auront choisi d’une même voix. Toujours dans mes rêveries, je voyage accompagnée de son sourire, de sa main nichée au creux de mes reins. Il me parle, je souris. Je blague, il rit. Nos créations naîtront de folles nuits de discussion qu’aux termes desquelles, toujours, nous accoucherons d’oeuvres magiques, histoires, photos ou paroles de musique. Nous aurons refait le monde juste avant de refaire l’amour puis nous referons le monde juste après avoir fait jouir tous nos sens à la ronde. Fougue, tendresse, complicité et confiance seront les témoins de notre amour.

Je l’aime. Quand saura-t-il le voir? Quand saura-t-il y croire? Sa douceur emplit mon cœur, sa tendresse me caresse, son charme brise mes armes. De tous mes sens, de toutes mes expériences, je sais que c’est lui. Mon Amour.

Le partageras-tu un jour ? Je te regarde de loin et j’attends que tu décides, mon amour. Prends ton temps, mon aimé, rien ne sert de te presser. Laisse-toi prendre par les sentiments, laisse-toi guider par le feu, la vérité de ton cœur. Je sais pour l’avoir vécu que, parfois, la tête nourrie des peurs invalidantes contredit les élans des sentiments. Je te fais confiance, mon amour. Je sais que si un jour tu sais, tu viendras me retrouver. Tu ne le sais pas pour l’instant, alors…

Alors, j’amour tous les jours car l’Amour est la seule chose qui me dit sans me mentir ce que et qui je suis, ce que et qui tu es.

Il éclaire tout. Il dévoile tout dans un mouvement de vie parfois fébrile, parfois serein, souvent émerveillé.

Car, sais-tu mon aimé que l’Amour est le seul endroit où ce que et qui l’on est, est merveilleux. Pas meilleur, pas plus que, non, juste merveilleux.

En vérité je me le dis, je te le dis, aime-toi toi-même, pardonne-toi, donne toi l’Amour, fais-le grandir, partage-le. Remets à l’endroit avec lui tous les esprits. Déverse le dans tous les coins et les recoins de l’Univers et l’Univers et l’aimé(e) te le rendront des millions et des milliers de fois.

 

A ma nouvelle vie d’Amour

A ma nouvelle vie d’Amour

Lettre ouverte. A ma nouvelle vie d’Amour.

Amour perdu, je te retrouverai.

illustration du livret La sainte trinité des « moi »

MA NOUVELLE VIE D’AMOUR

Aujourd’hui est le dernier jour de ma vie, aujourd’hui est le premier jour de ma vie.

Aujourd’hui, je laisse tout ce qui ne va pas derrière moi, toutes mes pensées foireuses, boiteuses, poisseuses, coûteuses. Coûteuses dans le sens qu’elles me pompent toutes mes chances de vivre heureuse. J’en ai fini de cette vie de joies éphémères, piétinées, d’illusions déçues, de misère et de colères à recommencements, de chagrins et de souffrances à l’infini. Je les balaie cette longue traînée de crottes de bique et ce chapelet d’insultes sans fin ni originalité. Je me tue la migraine du mal être, du mal vivre et des chimères. C’en est fini d’être une victime et le bouc émissaire d’autres peurs, d’autres ego plein d’amertume, de rancœur et de jalousie. Je suicide cette haine de moi-même en même temps que je les bannis de ma vie. Je vomis mon dégoût de mes merveilleux et fantasques rêves bleus de volupté à l’eau de rose et les remets au firmament de mes priorités. Je tire un trait sur mes regrets de tout ce que je n’ai pas fait comme les autres le voulaient. Je me pardonne, je me libère des chaînes de la mésestime sans attendre l’absolution de ceux qui me dénoncent de leur colère mêlée de méprisable pitié. Je me lave de leur injures et des reproches que je me fait, puissent-ils en faire autant s’il cela leur sied. Qu’ils aillent vaillamment eux aussi se faire dépenaillés de leurs vieilles peaux aux quatre vents des tornades de leurs cœurs chagrins, jaloux et tristement rancuniers. Chacun son travail de nettoyage intérieur de printemps. Bon courage et bon vent. Puissions-nous être amis dans une autre vie. Une seule guerre me suffit.

Aujourd’hui, je tourne la page. Aujourd’hui, je commence ma vie à moi, celle que je n’aurais jamais dû quitter des yeux. Aujourd’hui, je vais faire la liste de tout ce que j’ai envie de faire et comment j’ai envie de les faire sans demander l’avis de personne et surtout si c’est contre l’avis des autres. Parce que personne ne peut vivre à ma place comme il est bon pour moi. J’ai envie d’être responsable des bêtises que je fais. Mes bêtises à moi ! Mes maladresses de femme incohérente pour les autres et logique pour mon cœur et mes intestins.

Car c’est très important d’être en phase avec ses intestins. C’est même vital, je peux vous le garantir ! Le cœur, celui-là, on se le brise sans même un battement cil, avec un mépris de la douleur digne des pires aspirations masochistes de samouraï du moyen-âge. Et on fait pareil avec celui des autres parce qu’on est ignorant, on croit qu’on est dans la bonne case, dans son bon droit, dans la vraie vie qu’est pas une rigolade. Et des fois, ça ne nous retombe pas dessus. Des fois, parce que le cœur est un organe généreux… Mais les intestins, eux, ils ne te pardonnent rien. Ils te les font payer, tes émotions refoulées, tes colères rentrées, tes cruautés de fasciste domestique, tes vils compromis, tes honteuses trahisons, tes amours bafoués. Et un jour que tu te retrouves à croire que t’es quelqu’un de bien d’affirmer que cet autre est une poison manipulatrice, un vrai salaud, une pauvre folle ou pire, un misogyne narcissique et sans cœur, ils te font chier sournoisement. Comme ça, devant tout le monde, soudain t’as la drisse la plus vilaine et puante du monde. Une terreur à décorner un taureau de la foire de Bilbao te mange les tripes et fait fondre tous les neurones arrogants de ton cerveau.

Et paf ! Soit tu te tapes une dépression carabinée, un truc si terrifiant que tu regrettes toutes les migraines et rages de dents du monde, soit tu te fais manger et digérer par un bon vieux crabe qui a attendu le moment idéal pour te jeter en bas de ton sale piédestal. La sale vache!

Aujourd’hui, la dépression, j’en ai soupé et le crabe je préfère le manger ou plutôt, le voir nager. Ainsi soit-il.

Aujourd’hui, j’enterre ma vie de victime dépressive. Je n’ai plus une goutte à lui consacrer. Ô joie!

Aujourd’hui, j’accouche d’une femme belle et fière, rapide comme l’éclair qui signe tout à la pointe de son cœur d’un A qui veut dire Amour à jouir de plaisir dans la joie et les rires pour toujours. Et merde, s’il vous plaît, à celui ou celle qui voudrait me faire croire que j’ai tort d’être ce que j’aspire au plus profond de moi-même. Car se renier est un blasphème. Amen!

Aujourd’hui, j’ai décidé que je ne laisserai plus une seule occasion me passer sous le nez. Que chaque jour, je ferai toutes les choses possibles et imaginables par mon cerveau débridé pour avoir une deuxième chance de vivre l’Amour, le grand, celui qui s’accommode et même se réjouit de l’humanité imparfaite de l’autre avec bienveillance, complicité, plaisir et volupté. Celui qui s’émerveille des petits riens. Celui qui voit les gouttes de joie dans son bol du matin. Je ne perds plus une seule seconde à croire que c’est autre chose qui me rendra heureuse. Car cet aimé nouveau que je sens arriver et tout l’amour que je ressens déjà pour lui, mes enfants, ma famille, le bonheur et la créativité partagés, rien n’est plus important. Je le sais car c’est la chanson que me chante chaque jour mon cœur à l’unisson de mes intestins.

Et ce n’est pas trop tôt que je l’entende. Ce n’est pas trop tôt que j’arrête d’avoir peur d’être refoulée, rejetée, abandonnée, humiliée, trahie. Ce n’est pas trop tôt parce que le pire que je risque c’est de regretter chaque jour de ma vie de n’avoir pas ouvert les yeux assez tôt, de n’avoir pas fait tout ce que je pouvais pour le rattraper cet Amour que je croyais perdu et que je laissais s’échapper.

Puisse mon aimé, le seul le vrai, le nouveau dans sa peau toute neuve, libéré de ses démons, heureux de ses élans sentimentaux, de sa folie douce, me voir comme je l’aime. M’aimer comme je le vois. Je croise les doigts et je saute de joie. Je souris. J’ai tout mon temps. J’ai toute ma nouvelle vie pour nous donner la joie de nous aimer. J’ai toute ma nouvelle vie pour que l’on s’aime comme des enfants au milieu des feux d’artifices, des fleurs sans artifices, des cœurs éblouis. Youpi!

Mon amour, mon cœur tout neuf, je te le dis, note-le quelque part, s’il te plaît, et reviens-y un jour comme si tu te promenais à l’ombre d’arbres centenaires sur les bords d’une rivière, tes pieds s’enfonçant dans des mousses claires : Je t’aime jusqu’au soleil aller retour et plus encore pour toute ma nouvelle vie infinie.

Voilà c’est dit.

 

Lettre ouverte. Amour perdu, pardon.

Lettre ouverte. Amour perdu, pardon.

Lettre ouverte. Amour perdu, pardon.

Amour perdu, pardon.

illustration du livret La sainte trinité des « moi »

Nous avons été le jouet de nos peurs, de nos colères, de nos frustrations.

Nous avons écouté notre peine, notre rancune.

Nous nous sommes crus spoliés, volés, manipulés.

Nous nous sommes accablés de reproches sans regarder notre propre culpabilité.

Nous avons projeté sur l’autre tout ce qu’en nous, nous ne pouvions plus supporter.

Nous étions terrassés par nos efforts à éviter nos paniques, à regarder ailleurs là où nos blessures ne se voyait pas.

Nous n’avions plus d’essence pour avancer.

Nous étions persuadés d’être la victime de l’intérêt mesquin de notre aimé, que l’autre était un sombre égoïste, une affreuse manipulatrice, qu’elle se moquait de nous, qu’il profitait de notre amour, qu’il nous haïssait, qu’elle n’avait qu’attachement minable, que chacun se trouvait trompé, utilisé, bafoué dans sa sensibilité.

Chaque jour, l’acide de la méfiance a rongé lentement notre sentiment, a brisé à feu doux et sournois notre estime, a renforcé notre impression d’impuissance, nos peurs, notre colère. Nous nous laissions grignoter par un poison que nous fabriquions de concert.

Nous étions, croyions-nous, la victime d’un amour cruel dont notre cœur ne savait se défaire.

Pourtant, au moment où, enfin, l’un de nous se décide à briser les chaînes, l’autre s’aperçoit à quel point l’amour, le vrai, le puissant était là. Chacun, l’un après l’autre, dans un pas de deux tristement désaccordé, un tango implacable, va regarder enfin la vérité. L’un finalement trouvera ailleurs après bien des supplications, des pleurs ce que son aimée désormais s’entêtait à lui refuser, ce qu’auparavant il n’avait pas su accepté, accueillir et apprécier. L’autre se retrouvera seule, après bien des entêtements, des colères, et soudain la conscience de la réalité de son cœur caché derrière des peurs immondes qui l’embrouillaient, l’empêchant de recevoir ce qui lui était donné.

Il nous aura fallu du temps et casser beaucoup de vilaines protections. Il nous aura fallu regarder en face tant de peurs et de blessures depuis trop longtemps et par d’autres ouvertes en nos cœurs. Il nous aura fallu laisser partir l’autre loin de nous, trop loin, pour se rendre compte combien cette méfiance nous avait aveuglé, qu’elle nous avait trompé, qu’elle avait alimenté nos terribles plaies, qu’elle nous avait brisé le cœur, l’âme et notre aimé.

Il nous aura fallu tant d’amertume, tant de regrets et de souffrance, une photo, un instant d’amour immortalisé, des encouragements, des compliments, simplement et sincèrement donnés pour parvenir finalement à reconnaître l’amour dans les yeux de l’être honni autant qu’aimé.

Trop tard ?…

Il nous aura manqué tant de confiance en nous, en l’autre pour accueillir tout cet amour donné. Il était temps que l’on s’aime enfin nous même.

Pourtant, tout n’est pas terminé. Il faut que la leçon ne soit pas vaine.

Que plus jamais nous n’acceptions qu’en notre cœur, la méfiance vienne.

Qu’à ce nouvel amour et cette nouvelle aimée en nous éveillés, nos cœurs enfin réconfortés car rien dans la vie n’est jamais définitif, qu’à nouveau à notre amour réciproquement donné, notre confiance soit pleine.

Alors, oui notre amour perdu pourra trouver repos et sens, retrouvera dans nos mémoires sa beauté, sa magnificence.

Pardon mon aimé. Bonne chance, courage, confiance.

Tu as raison, ici et maintenant parcourons de l’amour les monts, les plaines et les vallées. Le cœur serein, allons en paix.

Alors peut-être, avec un bonheur bien plus puissant encore que tout ce que jusqu’à hier nous avions fantasmé avec tant d’aveuglement, éloigné avec trop de ressentiment, pourrons-nous un jour nous retrouver et vivre enfin ce meilleur qu’à l’hôtel de notre ville, on nous avait si inconsidérément promis.

Lettre d’adieu à ma honte

Lettre d’adieu à ma honte

Lettre d’adieu à ma honte

 

Toi ma honte, je te quitte, je te raye de mes croyances absurdes.

Tu m’as fait croire pendant si longtemps que je ne valais rien, pas même le crachat que l’on me lançait à la figure, que je me hais avec rage. Une rage si grande qu’elle m’a fait tout raté pour correspondre exactement à ce que tu avais la prétention de dire de moi. Tu m’as jugée dans les yeux de ma mère, tu m’as condamnée dans les reniements de mon père. Tu m’as humiliée dans les yeux de mon aimé. Tu m’as trahie dans ceux de mes amis.

Quelle partie de moi peut être aussi acharnée à me détruire ? Comment ai-je pu croire un instant que cette partie avait raison ? Qui a pu réussir avec autant de succès à me faire croire à mon inutilité ? Comment le ciment du désastre a pu être coulé dans les trous béants que tu créais dans mon cœur sans que je m’en aperçoive ?

J’avais cru tenir bon. J’avais cru te tenir en laisse en te niant, en ne te regardant pas en face. Mais tu as attendu ton heure, me faisant des croches pattes ça et là, sournoisement, pour enfin me terrasser et me faire faire à moi-même la plus grande de toutes les blessures ; meurtrir mon aimé, l’homme qui me convient si bien que je n’ai plus envie d’en regarder un autre, en écrasant mon amour de lui sous une montagne de rage et de colère, d’orgueil et d’arrogance et en le lui confisquant. Tu me l’as fait quitté avec un sourire et beaucoup de sournoise cruauté pour mieux me plonger dans ta lie, ma honte, et me montrer à quel point, je ne suis qu’une idiote, une moins que rien, un monstre sans cœur, une femme handicapée.

Mais je te regarde maintenant, je te vois. Et par l’amour de lui que tu as relâché à ma conscience, croyant me faire plaisir en me faisant tomber, je me relève et je crève le bubon de la rage pour en faire de l’estime, de l’amour pour moi-même, celui-là même que tu m’as volé, purgé, sucé jusqu’au cœur des entrailles. Il me porte cet amour que je ne peux plus partager avec mon aimé. Il m’élève et me fait voir clair. Il me dit que j’ai le temps, que je n’ai rien d’autre à faire que d’être moi-même. Cette femme que je ne connais pas car tu l’as obligée à se cacher jusqu’à maintenant, cette femme je commence à l’aimer. Je me reconnais dans ses débordements de sentiments. Je me sens dans ses forces d’optimisme et de rêve. Je me vois dans ses envies d’amour et de liberté. Une liberté que je ne connais que depuis peu à cause de toi, toi qui m’as enchaînée à une étrangère fabriquée à l’envie des autres.

Alors ma honte, me diras-tu qui de moi se cache derrière toi ?

Ecarte-toi, s’il te plait.

Encore un peu, je ne vois que la culpabilité derrière toi. Pousse la, pars avec elle, tiens, ce sera ta plus belle sortie.

Voilà. Merci.

Je m’en doutais. Je le savais. Il n’y avait que la petite fille pleine d’amour pour ses parents pour croire autant qu’elle les avait déçus, pour s’accrocher à une image irréelle qu’aucun d’eux n’a jamais aimé. Car ils t’aimaient, toi, c’est eux qui ne s’aimaient pas.

Pardonnons-leur, ma toute belle. Sauvons nous de ce cauchemar absurde. Il n’existe que dans notre tête. Regarde-moi, ma petite chérie et vois dans mes yeux tout l’amour immense que je sais avoir pour mon aimé, mes enfants, je l’ai enfin pour toi, mon cœur, mon enfant. Tu es ma dignité, ma fierté. Sois ma liberté d’aimer.

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Mary Blue Melville

Lettre à ma solitude

Lettre à ma solitude

2 illustration du livret La Sainte Trinité des «Moi» en vente sur Amazon kindle

Lettre à ma solitude

Toi, ma solitude, je t’écris parce qu’aujourd’hui tu me fais mal.

Certains aimaient à crier qu’ils mourraient de solitude, qu’on les avait abandonné, qu’on les avait meurtri en leur refusant  les bras, des baisers ou mieux encore d’être resté sans satisfaire à leur besoin d’être aimé. Ils l’ont hurlé ou chuchoté à tous les gens qu’ils rencontraient en nombre puisque c’est leur métier de rencontrer beaucoup ou à tous leurs amis facebook puisqu’ils sont connus et appréciés ou encore à tous leurs proches qui sont toujours là autour d’eux attentifs à leur cœur brisé. Ils vous ont accusé et vous ont quittés puisque vous ne les aimiez plus, vous soulageant de leurs reproches incessants que vous leur rendiez avec intérêts, car vous non plus, vous n’êtes pas parfaite. Ils ont couru aussitôt dans les bras d’autres qu’ils ont alors follement aimé en pleurant que vous les aviez si mal aimés et rejetés, qu’avec vous ils se sentaient si seuls et abandonnés. Et pourtant ils vous enviaient votre chance à n’être pas malheureuse avec vous-même. Ils souffraient de solitude quand ils ne la connaissaient pas et parce qu’ils ne savaient pas, même un instant, être seuls avec eux-mêmes.

Alors que, Dieu sait s’ils vous ont laissés isolées dans votre salon à les attendre alors qu’ils jouaient sur leur ordinateur dans leur bureau. Dieu sait s’ils ont refusés de vous accompagner à boire un verre, à marcher, à sortir, parfois même juste à discuter. Dans ce temps là, il y avait l’autre et vous. Ensembles mais chacun de son côté. Puis séparés mais reliés. Jamais vraiment satisfaits, jamais vraiment apaisés.

Et puis un jour, épuisé, le vent de la tempête s’est calmé. Alors vous avez pensé, chacun de votre côté que la transition était faite, que vous aviez trouvé le bonheur avec une autre, pour lui et l’équilibre toute seule, pour vous. Mais c’était sans compter sur l’amour. Parce que, par un mystère incompréhensible, alors que vous, vous étiez enfin seule et si soulagée de n’avoir plus à supporter les gesticulations d’ego blessé et égaré de l’autre, vous disant que le vôtre vous prenait déjà suffisamment de temps, un matin d’automne comme un été indien, vous vous êtes réveillée et soudain sa présence affolée vous a manqué. Car l’amour qu’force de le nier ou d’en avoir peur, vous n’aviez pas expérimenté, était là, sagement tapi au fond de ce cœur que vous aviez enfermé et a resurgi d’un coup, pour vous terrasser.

Alors, tout va à nouveau de travers. C’est à nouveau le cataclysme des émotions mais cette fois, c’est vous qui le hurlez, le criez, le souffrez au plus profond de vos entrailles. Alors l’autre, bouleversé, souffre, s’affole puis se cabre parce qu’il a eu son compte, merde! Pourtant il accourt pour vous tenir à bout de bras quand vous êtes en pleine descente d’orgueil, que votre arrogance qui vous a fait grimper bien haut dans la vanité, vous lâche sans crier gare. Seulement, vos souffrances font échos avec celles qu’il vient à peine de quitter et malgré sa volonté d’être à vos côtés, il ne peut que se mettre en colère, s’agacer, avaler de travers la soupe à la douleur que vous lui proposez. Vous le sentez et vous voulez alors l’éloigner, pour le protéger, ou, dramatiquement, mourir seule dans d’affreuses souffrances. Il se vexe de vous voir vouloir affronter vos chagrins, vos peurs, vos colères sans son aide. Il est perdu, tourneboulé, s’accrochant à un honneur qu’il s’imagine trahi. Il se dit victime d’injustice, de harcèlement, de folle furieuse alors même que vous essayez de lui faire accepter le drapeau blanc de la reddition, maladroitement évidemment. Vous êtes tous les deux exténués, vidés, au bord de la haine de vous-même et de l’autre. Vous, vous vous rapprochez dangereusement du bord, du suicide autant que de la folie furieuse qu’on vous reproche. Vous ne savez plus rien, ni du présent, ni du passé. Vous avez oublié tout ce que vous lui aviez reproché. Vôtre mémoire est vide de toutes les infamies dont vous croyiez auparavant avoir été la victime. Subitement, vous avez ouvert les yeux sur des sentiments que vous pensiez ne plus jamais ressentir, pire même, n’avoir jamais ressenti avec autant de puissance.

Et c’est là, à cet instant, que vous comprenez.

Vous comprenez au plus profond de vous-même qu’on peut devenir fou de douleur de se croire seul, incompris et non aimé parce qu’abruptement, violemment, c’est exactement ce que vous ressentez. C’est exactement ce qu’il a vécu lui aussi et que vous aviez nié, que vous vous étiez entêtée à ne pas reconnaître. C’est exactement ce que vous pensez lire ou imaginer dans les esprits de vos amis, de vos proches, du monde entier qui, comme vous, vous hait. Les autres vous blâment de les bousculer, de les obliger à sortir de la norme amoureuse, on aime ou aime pas, quoi! Faut savoir à la fin! Et qu’est-ce que ça peut bien vous faire?, leur lancez-vous, pleine de désespoir. Choqué de votre culot, tout le monde vous tourne le dos, encouragé par les accusations d’injustice flagrante de cet autre qui ne sait plus quoi faire de toutes ses émotions que vous lui faites vivre.

Et me voilà, aujourd’hui, devant toi. Ô toi, ma solitude que j’avais tant aimée, je te digère de travers désormais.

Tu me fais sentir comme handicapée. Handicapée à ne pas avoir su supporter ce qui parait être aujourd’hui de petits travers. Tu me fais croire que je suis une moins que rien, une hystérique, un monstre de cruauté, une girouette qui fait mal, casse tout et revient quand le jouet se dit réparé pour le casser de nouveau. Tu m’obliges à vivre sans aucun réconfort la réalité de mes terreurs à être rejetée, abandonnée, délaissée.Tu prends à ton compte tous les mots de rage, de haine, de mépris que d’autres m’ont dit. Et tu me les repasses en boucle sans jamais être dérangée par un ami qui viendrait à passer.

Seule, perdue et méprisée, je meurs.

Tu n’es plus mon amie, solitude. Peut-être ne l’as-tu jamais été. Tu m’as bien eu quand tu es venue me draguer. Tu m’as séduite, envoutée, aveuglée et maintenant que nous sommes mariées, tu me fais tout payer.

Je n’ai pas le choix. Il me faut tout revoir, tout regarder d’un autre point de vue. Il me faut changer ces habitudes qui toujours me mènent à la solitude. Quel système avais-je mis en place avec cet autre pour qu’on en vienne à ne plus pouvoir voir cet amour qui me revient soudain en pleine face, inondant mon cœur et brisant mon ego ?

Quel jeu avons-nous joué qui nous a amené jusqu’ici ? Lui dans un fauteuil devenu inconfortable et moi au milieu du désert de ses bras secourables.

Qu’avions-nous à vivre, à comprendre que nos inconscients nous intiment maintenant d’accueillir ?

Car c’est cela, je le vois, et c’est parce que tu es autour de moi, solitude, que je l’aperçois. Je ne peux plus l’accuser de rien cet autre, il n’est plus dans ma vie, je ne souffre plus de ses travers que je pensais ne plus supporter, ce n’était donc pas lui qui me faisait si mal. Tout était enfoui au fond de moi et seule, j’ai été obligée de l’affronter, de me laisser traverser des douleurs terrifiantes, des souffrances indicibles qui me mangeaient les tripes. Maintenant, je suis face à moi-même. Je ne peux plus jouer la victime, ni le sauveur, ni renier mon rôle du bourreau. Je ne peux plus lui jeter à la tête avec hargne qu’il n’est pas mon sauveur, ni ma victime mais surtout mon bourreau. Je ne peux plus et tout à coup, je ne veux plus. J’ai compris ce que nous nous sommes donnés, quelle pièce nous avons jouée. Tout était là pour nous permettre d’avancer jusqu’à cet instant où aucun de nous deux ne pouvait plus se carapater. Lui enfin conscient de l’amour qui avait été là juste devant lui, de l’autre qui vivait, se tendait vers lui, tout ce dont il avait tant envie sans l’avoir vu, sans avoir pu l’accueillir, puis moi, enfin seule, face à mon trou de terreur béant et vampirique, de mes souffrances sentimentales que jusqu’ici j’avais fui, laissant à l’autre le soin de les régir. Nous voilà chacun en dé-pression enfin ! Chacun en vie, en sentiment, en réalisation de ce qu’il est vraiment. Chacun se débarrassant de ses vieilles nippes pour mieux se voir lui-même et doucement s’apprécier. S’aimer soi-même, pour pouvoir aimer vraiment un ou une autre.

Alors, peut-être, oui, ma solitude, tu es mon alliée. Peut-être es-tu ce bras armé, cet instrument de mon inconscient. Et je me dois de te remercier. Comme je remercie cet autre, si mal aimé hier, si bien et tant aimé à présent, qui m’a depuis et de longue date montré que la solitude n’est jamais là où vous la croyez mais toujours à l’endroit où vous vous rejetez. Qui m’a permise de m’affronter seule pour mieux me réconcilier.

Ô ma solitude, puis-je maintenant, sans t’offenser, te demander de me quitter ? D’accepter de divorcer ? J’en serais fort heureuse et je te promets de ne jamais oublier que c’est dans la solitude de ce face à face avec moi-même que je me suis trouvée.

Chère solitude, bientôt, je l’espère, je m’en vais te tromper, puisses-tu ne jamais me le faire payer. Puisses-tu quand, un jour, sûrement, je te retrouverai, m’être douce et surtout ne plus jamais avoir le goût terrible et douloureux de l’amertume et des regrets.

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Mary Blue Melville

Lettre à ma colère

Lettre à ma colère

2         illustration du livret La Sainte Trinité des « Moi »                                         en vente sur Amazon kindle

Lettre à ma colère

 

Ô toi, ma colère, je t’implore. Je me prosterne devant toi, ma déesse redoutable.

Tu me donnes la puissance du conquérant. Tu m’enivres. Tu me fais croire à ma toute puissance, à mon impossible faiblesse. Tu me l’affirmes, tu me l’inscris au fer rouge dans mon esprit : J’AI RAISON! Alors, j’exécute. Je punis. Je bannis. Je juge et je condamne. Je blesse car je suis dans mon bon droit. J’ai la foi de l’élu! Que celui qui m’a trahi, m’a blessé, subisse mon châtiment.

Puis soudain, comme une farce que tu me fais, tu te retires. Et devant moi s’étale le champ dévasté de la bataille. Il est éclaboussé du sang et des cadavres de ceux que j’aime et qui m’aiment ou même juste de ceux qui me tendaient la main. Et toi, droite comme la justice, implacable, tu t’en vas sans même un regard et je ne peux que pleurer. Tu m’abandonnes à mes pauvres révoltes et mes innombrables regrets. Ton travail fini, tu laisses la place à ma peur à laquelle tu t’es sournoisement associée. Je suis terrifiée, terrassée et je n’ai qu’un réflexe celui de te rappeler sans cesse pour ne pas être ensevelie sous le poids de mes péchés.

Tu reviens alors, plus forte encore, plus acharnée. Et je t’aime, je t’adore, te donnant tous pouvoirs sur ma conscience car c’est toi qui me relève. Grâce à toi, je me tiens debout. Par l’attaque, tu me défends.

Pourtant, si je continue ce système un jour, c’est moi que je tuerai, la solitude venant me manger. J’aurai tellement écorché, blessé que personne n’aura plus jamais l’envie de me pardonner. A cause de toi, subrepticement, sans me l’avouer, je me hais.

Tu m’aveugle, tu me trompes. Tu es toujours prête à me faire frapper, le fort comme le faible, sans égards, sans concession, sans compassion. Tu me tiens la main, fidèle comme une ombre et pourtant je voudrais bien tenir debout sans toi.

D’où viens-tu avec tant de force qu’il m’est impossible de te dominer? A quand remonte notre premier accord? Quelles circonstances m’ont fait signer cette terrible alliance?

Il me semble que je devrais le savoir. Qu’il est vital que je retrouve l’origine de notre association infernale. Pourtant chaque fois que dégoûtée de mes exploits guerriers, je sais qu’il me faut savoir, aller voir, je renonce. La peur me fixe de son regard noir et m’empêche tout mouvement. Perdue, pleine de désespoir, je suis hébétée, prostrée et blessée au plus profond de moi. Je vois comme une fatalité ma peur m’engloutir comme un tsunami. Je le sais, j’en suis persuadée, tous vont m’abandonner. Alors, ne supportant pas cette issue fatidique, je t’appelle à nouveau, toi ma colère, pour me remonter, pour me remettre debout, me défendre contre cette peur qui me menace. Et comme un ballet démoniaque, je recommence chaque fois les pas de deux qui me mènent à chacun de tes départs un peu plus bas dans le désespoir. L’orgueil que tu m’insuffles à ce moment là, ô ma colère, m’interdis toute retraite. Je suis à nouveau sur le chemin de la guerre. Incapable de demander pardon, de m’excuser auprès de ceux que je viens de massacrer et qui pourtant me demandaient grâce un instant plus tôt.

Une fois de plus, je les aime et je les hais. Une fois de plus par le rouge, aveuglée, je leur fait porter le poids de toutes mes responsabilités. Une fois de plus le cycle de la colère et de la désespérance recommence. Je bats, je massacre puis je m’arrête et fais face au désastre. Je pleure sur moi-même et sur cette malédiction qui me poursuit sans fin. Je demande alors l’aide de ceux que la lance impitoyable de mes mots a brisé, fracassant leur cœur, les humiliant, les diminuant. Pourtant, sans le savoir, c’est moi que je battais. C’est moi que j’humiliais. Et le cœur brisé par mes paroles à d’autres crachées, je demande leur aide, leur compréhension. Bien sûr, la main que je réclame me demande pénitence ou tout du moins un peu d’humilité face aux blessures que je viens d’infliger. Mais ne voyant que mon propre malheur, mes tripes arrachées, je me crois à nouveau agressée. La colère me reprend et met dans mes mains les armes de ma nouvelle croisade.

Ici, toute seule dans le noir de ma honte, je me demande terrifiée : jusqu’à quand ceux qui me subissent vont-ils accepter? … Mon Dieu! Ne voient-ils pas que je ne peux m’arrêter?

Mais oui, c’est cela! Voilà la seule chose que je demande en réalité : stoppez-moi! Abattez-moi, s’il le faut! Faites-moi descendre de mon cheval d’orgueil blessé sur lequel je chevauche tel le templier enragé. Montrez-moi que cette guerre n’est pas sainte! Détournez-vous de moi! Ne me laissez plus vous faire de mal! Abandonnez-moi pour que je sois obligée d’affronter cette peur panique qui me mange les tripes. La peur de me retrouver seule, sans amour, celle-là même que je combats à travers vous tous les jours, nourrissant de la sorte votre haine de moi, votre envie justement de me laisser sans amour!

Voilà, c’est ça! Laissez-moi!

Me voilà terreur! Maudite sois-tu, sale peur! Regarde, je viens à toi toute nue sans armes! Aller approche, qu’on en finisse! Viens que je te donne ta branlée! Viens subir ta déroute! Je suis une guerrière, je peux te mettre à terre!

Pourquoi te gonfles-tu à chaque fois que je te menace? Arrête! Tu me fais peur! … Oh, mon Dieu, ce que j’ai peur! Oh ma mère, ce que j’ai mal! C’est infernal! C’est ça que cela fait quand on accepte de se voir sans fard, de se présenter sans armes, sans même un bouclier?! Je te scrute et je me vois si faible, si petite, si délabrée dans ton miroir!… J’ai deux ans, cinq et sept. Je suis un nourrisson qu’on a laissé sans défenses face à la jalousie d’un autre plus âgé. Un autre qui ne veut pas de moi, qui me pousse, qui m’ordonne de ne pas être! Où êtes-vous ma mère, mon père? Papa? Maman?! J’ai peur. Je vois ma peur et je suis terrifiée! Je suis coincée! Il faut que j’appelle ma col… NON! C’est terminé! Je dois pouvoir t’affronter. Je n’ai plus deux ans, je ne suis plus ce bébé!

Quelle idiote! Avoir peur de ma peur! Et si on se parlait?… Et si tu me racontais?… Aller viens là, plus près de moi. …

Tiens, c’est marrant. Plus je t’accueille, plus tu t’approches, plus tu te fais petite. Aurais-tu peur de ma curiosité? N’aies crainte, je veux simplement te regarder. Comprendre pourquoi je t’ai gardé si longtemps en mon sein, pourquoi je t’ai laissé bitumer si fort toutes les strates de mon cœur et puis te laisser guider toutes mes pensées. Pourquoi je t’ai laissé le pouvoir de m’imposer la colère pour te combattre alors qu’en fait elle te protégeait…

… Hum?!      …

Mais oui!!! Bien sûr! Evidemment! C’est si simple…

Maintenant je sais. Il me suffit simplement de te laisser aller. Va, ma peur-colère, je ne te retiens plus. J’ai compris ce que tu avais à me dire. Je n’ai plus besoin de toi, merci. Maintenant, je vais guérir, me faire pardonner et aimer.

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Mary Blue Melville

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