Lettre à ma colère

Lettre à ma colère

2         illustration du livret La Sainte Trinité des « Moi »                                         en vente sur Amazon kindle

Lettre à ma colère

 

Ô toi, ma colère, je t’implore. Je me prosterne devant toi, ma déesse redoutable.

Tu me donnes la puissance du conquérant. Tu m’enivres. Tu me fais croire à ma toute puissance, à mon impossible faiblesse. Tu me l’affirmes, tu me l’inscris au fer rouge dans mon esprit : J’AI RAISON! Alors, j’exécute. Je punis. Je bannis. Je juge et je condamne. Je blesse car je suis dans mon bon droit. J’ai la foi de l’élu! Que celui qui m’a trahi, m’a blessé, subisse mon châtiment.

Puis soudain, comme une farce que tu me fais, tu te retires. Et devant moi s’étale le champ dévasté de la bataille. Il est éclaboussé du sang et des cadavres de ceux que j’aime et qui m’aiment ou même juste de ceux qui me tendaient la main. Et toi, droite comme la justice, implacable, tu t’en vas sans même un regard et je ne peux que pleurer. Tu m’abandonnes à mes pauvres révoltes et mes innombrables regrets. Ton travail fini, tu laisses la place à ma peur à laquelle tu t’es sournoisement associée. Je suis terrifiée, terrassée et je n’ai qu’un réflexe celui de te rappeler sans cesse pour ne pas être ensevelie sous le poids de mes péchés.

Tu reviens alors, plus forte encore, plus acharnée. Et je t’aime, je t’adore, te donnant tous pouvoirs sur ma conscience car c’est toi qui me relève. Grâce à toi, je me tiens debout. Par l’attaque, tu me défends.

Pourtant, si je continue ce système un jour, c’est moi que je tuerai, la solitude venant me manger. J’aurai tellement écorché, blessé que personne n’aura plus jamais l’envie de me pardonner. A cause de toi, subrepticement, sans me l’avouer, je me hais.

Tu m’aveugle, tu me trompes. Tu es toujours prête à me faire frapper, le fort comme le faible, sans égards, sans concession, sans compassion. Tu me tiens la main, fidèle comme une ombre et pourtant je voudrais bien tenir debout sans toi.

D’où viens-tu avec tant de force qu’il m’est impossible de te dominer? A quand remonte notre premier accord? Quelles circonstances m’ont fait signer cette terrible alliance?

Il me semble que je devrais le savoir. Qu’il est vital que je retrouve l’origine de notre association infernale. Pourtant chaque fois que dégoûtée de mes exploits guerriers, je sais qu’il me faut savoir, aller voir, je renonce. La peur me fixe de son regard noir et m’empêche tout mouvement. Perdue, pleine de désespoir, je suis hébétée, prostrée et blessée au plus profond de moi. Je vois comme une fatalité ma peur m’engloutir comme un tsunami. Je le sais, j’en suis persuadée, tous vont m’abandonner. Alors, ne supportant pas cette issue fatidique, je t’appelle à nouveau, toi ma colère, pour me remonter, pour me remettre debout, me défendre contre cette peur qui me menace. Et comme un ballet démoniaque, je recommence chaque fois les pas de deux qui me mènent à chacun de tes départs un peu plus bas dans le désespoir. L’orgueil que tu m’insuffles à ce moment là, ô ma colère, m’interdis toute retraite. Je suis à nouveau sur le chemin de la guerre. Incapable de demander pardon, de m’excuser auprès de ceux que je viens de massacrer et qui pourtant me demandaient grâce un instant plus tôt.

Une fois de plus, je les aime et je les hais. Une fois de plus par le rouge, aveuglée, je leur fait porter le poids de toutes mes responsabilités. Une fois de plus le cycle de la colère et de la désespérance recommence. Je bats, je massacre puis je m’arrête et fais face au désastre. Je pleure sur moi-même et sur cette malédiction qui me poursuit sans fin. Je demande alors l’aide de ceux que la lance impitoyable de mes mots a brisé, fracassant leur cœur, les humiliant, les diminuant. Pourtant, sans le savoir, c’est moi que je battais. C’est moi que j’humiliais. Et le cœur brisé par mes paroles à d’autres crachées, je demande leur aide, leur compréhension. Bien sûr, la main que je réclame me demande pénitence ou tout du moins un peu d’humilité face aux blessures que je viens d’infliger. Mais ne voyant que mon propre malheur, mes tripes arrachées, je me crois à nouveau agressée. La colère me reprend et met dans mes mains les armes de ma nouvelle croisade.

Ici, toute seule dans le noir de ma honte, je me demande terrifiée : jusqu’à quand ceux qui me subissent vont-ils accepter? … Mon Dieu! Ne voient-ils pas que je ne peux m’arrêter?

Mais oui, c’est cela! Voilà la seule chose que je demande en réalité : stoppez-moi! Abattez-moi, s’il le faut! Faites-moi descendre de mon cheval d’orgueil blessé sur lequel je chevauche tel le templier enragé. Montrez-moi que cette guerre n’est pas sainte! Détournez-vous de moi! Ne me laissez plus vous faire de mal! Abandonnez-moi pour que je sois obligée d’affronter cette peur panique qui me mange les tripes. La peur de me retrouver seule, sans amour, celle-là même que je combats à travers vous tous les jours, nourrissant de la sorte votre haine de moi, votre envie justement de me laisser sans amour!

Voilà, c’est ça! Laissez-moi!

Me voilà terreur! Maudite sois-tu, sale peur! Regarde, je viens à toi toute nue sans armes! Aller approche, qu’on en finisse! Viens que je te donne ta branlée! Viens subir ta déroute! Je suis une guerrière, je peux te mettre à terre!

Pourquoi te gonfles-tu à chaque fois que je te menace? Arrête! Tu me fais peur! … Oh, mon Dieu, ce que j’ai peur! Oh ma mère, ce que j’ai mal! C’est infernal! C’est ça que cela fait quand on accepte de se voir sans fard, de se présenter sans armes, sans même un bouclier?! Je te scrute et je me vois si faible, si petite, si délabrée dans ton miroir!… J’ai deux ans, cinq et sept. Je suis un nourrisson qu’on a laissé sans défenses face à la jalousie d’un autre plus âgé. Un autre qui ne veut pas de moi, qui me pousse, qui m’ordonne de ne pas être! Où êtes-vous ma mère, mon père? Papa? Maman?! J’ai peur. Je vois ma peur et je suis terrifiée! Je suis coincée! Il faut que j’appelle ma col… NON! C’est terminé! Je dois pouvoir t’affronter. Je n’ai plus deux ans, je ne suis plus ce bébé!

Quelle idiote! Avoir peur de ma peur! Et si on se parlait?… Et si tu me racontais?… Aller viens là, plus près de moi. …

Tiens, c’est marrant. Plus je t’accueille, plus tu t’approches, plus tu te fais petite. Aurais-tu peur de ma curiosité? N’aies crainte, je veux simplement te regarder. Comprendre pourquoi je t’ai gardé si longtemps en mon sein, pourquoi je t’ai laissé bitumer si fort toutes les strates de mon cœur et puis te laisser guider toutes mes pensées. Pourquoi je t’ai laissé le pouvoir de m’imposer la colère pour te combattre alors qu’en fait elle te protégeait…

… Hum?!      …

Mais oui!!! Bien sûr! Evidemment! C’est si simple…

Maintenant je sais. Il me suffit simplement de te laisser aller. Va, ma peur-colère, je ne te retiens plus. J’ai compris ce que tu avais à me dire. Je n’ai plus besoin de toi, merci. Maintenant, je vais guérir, me faire pardonner et aimer.

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Mary Blue Melville

Lettre à l’Être…

Lettre à l’Être…

 

1        Illustration du livret La Sainte Trinité des « moi »                                           en vente sur Amazon kindle

Lettre à l’Être…

 

Je t’écris, moi que je n’aime pas.

 

Je t’écris et je pleure.

L’amour que je ne me porte pas est si grand que son absence creuse en mon cœur un trou béant sur le néant, ne laissant place à presque rien. Un presque rien que je prétends sentiment.

L’amour que je m’interdis est si prégnant que son poids pèse sur les autres, leur interdisant de m’aimer simplement. Que la jalousie délirante et sauvage qu’engendre ce manque à moi-même m’empêche de voir à quel point les autres sont autant d’alliés aussi beaux que je l’ai toujours été. Ce que bien sûr, je ne sais pas puisque je ne sais pas m’aimer.

Je ne m’aime pas. Et pourtant…

J’aime quand le vent me caresse.

J’aime quand l’aimé laisse partout ses lèvres m’embrasser la peau.

J’aime quand par un bon mot, je fais rire.

J’aime regarder la tendresse qui s’exprime.

J’aime écouter, rire, parler, danser, écrire avec, autour et pour les autres.

Est-ce à dire alors que je m’aime un peu? Que je trouve chez moi quelques belles choses?

Oui, peut-être.

D’où me vient alors ce désamour, cette haine? D’où viennent tous ces reproches, tout ce dégoût de moi-même?

Oh, j’ai bien quelques idées. Mon père, ma mère, d’autres encore ont ouvert sans vergogne car sans conscience quelques blessures dans mon cœur. Le poison du doute et de la culpabilité, le jus purulent de la peur et de la colère se sont répandus avec opiniâtreté dans mon amour-propre, c’est vrai. Dois-je pour cela et pour toujours faire payer à mon âme et aux autres cœurs, l’existence de ces plaies?

Je me tourne et me retourne. Je sais puis je ne sais plus.

J’ai su créé autour de moi un réseau d’êtres aimables m’apportant chacun leur tour leur chaleur. Pourtant, j’ai tout cassé, brisé et pour certains peut-être à jamais. Je sais faire le vide autour de moi autant que le plein. Car tout est histoire d’amour que l’on se donne, que l’on se refuse, que l’on partage et que l’on reprend. Et ce même si l’on s’en plaint sans jamais savoir vraiment pourquoi.

Aujourd’hui je pleure sur moi-même. Demain, j’en rirai sûrement. Ce qui fait la différence du désespoir ou du bonheur, c’est d’en rire avec mépris ou avec bienveillance.

Tout est là, dans cette ambivalence.

Je m’aime. Je me hais.

A quand la paix va-t-elle être signée?

A toi, mon ego blessé, mon enfant éprouvé, mon petit soldat de plomb, j’envoie un S.O.S. :

Je t’aime, enfin,  j’essaie vraiment ! Je fais de mon mieux ! Alors lâche prise, s’il te plaît!

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Mary Blue Melville

La folie des grandes heures

La folie des grandes heures

La folie des grandes heures

Chers lecteurs,

je suis prise de folie et si j’avais eu des doutes quant à la solidité de mon appendice cardiaque, je suis rassurée.

Ce samedi 04 février 2017, j’ai reçu dans ma boite aux lettres une grande envelope que j’attendais avec impatience… des contrats d’éditions pour Ghost Munster!

Youhou!!

Je monte quatre par quatre les marches jusqu’à mon appartement et j’ouvre la grande enveloppe. Le premier mot que je vois, c’est celui du petit carton de la responsable éditorial. « Une plume originale, aiguisée, incisive et avec beaucoup d’humour » C’est vrai?! Elle pense ça?!! En même temps, c’est tout moi. Hé, hé, hé… Elle pense vraiment ça??!! La joie éclate dans mon cœur, je fais trois cabrioles (pas plus, j’ai plus l’âge) et j’appelle toute ma famille, mes amis, mes proches enfin bref tous les gens que j’aime et qui m’aiment pour partager ce moment si exaltant. Les trois quart ne répondent pas, heureusement mon maître quatre vingt à écrire me répond, lui, et j’ai mes premières félicitations!

Toutoutou toutoutouyou!

Je ris. Je n’en peux plus d’être heureuse. Puis je redescend un peu pour lire bien mon contrat que je vais signer à n’en pas douter quoiqu’il en soit. Ah, ce qu’on est faible quand on croit qu’on a quelque talent mais c’est pas sûr. Je lis. Je relis. Je rerelis…

Bouhouhouhou!

Ce n’est PAS un contrat d’édition mais un contrat à compte d’auteur! Ce n’est PAS une maison d’édition même si elle s’en vante pour la vente, c’est une imprimerie qui se cache, la vache!

Bouhouhou!

Je pleure. Je n’en peux plus d’être malheureuse. Je rappelle tout le monde ou presque, je n’en ai pas tout à fait la force. Heureusement mon maître dépliant qui écrit me rassure, je vais y arriver, il en est sûr!

Merci! Bouhouhou… Me… Merci.

Comme il est à un salon du livre, il m’envoie quelques noms de responsables d’édition à contacter. Ouf! Je remonte. Je me remotive. Je vais écrire, imprimer et oui, tiens, je vais bosser un peu mieux mon sujet. Je vais aller bien regarder ce qu’elles font ces maisons d’éditions, les vraies! Et je vais écrire nominativement. Je vais cibler.

Bon, ce n’est pas demain que je vais battre les ventes d’Harry Potter mais ce n’est pas grave. Je m’accroche, je m’agrippe comme une moule à son sujet et je m’attache à la barre comme un auteur à son rocher, ou l’inverse… je ne sais plus. Mais vite, il faut que je fasse quelque chose. Par bonheur, je peux travailler à mon spectacle lecture, un essai que je teste chez moi. C’est déjà ça.

Ah, mes pauvres zamis, quelle cala-mi-té! Tapeudoutapdouyé! (pour ceux qui ne reconnaissent pas, c’est un refrain du dessin animé « les Aristochats ». A connaître absolument!)

Ce n’est pas demain la veille que vous me lirez dans votre lit à la lueur de votre bougie, c’est moi qui vous le dit! Ce n’est pas encore tout à fait ma grande heure. Bon. Je reprends mes rames et je prends ma carte pour donner mon corps à la science. Ah, ben non, c’est obligatoire maintenant! Ils seront contents de toute façon, mon cœur sera peut-être usé mais bien entraîné! Une vraie pompe à pompier, prête à tout éteindre même les incendies de désespéré…

mbmAuBistroJe lève mon verre que j’ai bu quand même. Si ce n’est pas pour la fête, c’est pour le réconfort. Et je remercie pour le soutien tout le monde sauf Claude Berry et surtout monsieur Pierre Delye pour la seconde fois sur ce site et pas la dernière, j’en suis sûre. Une facture de trois kilomètre que je suis en train de me faire… Cependant comme sa générosité n’a pas de bornes, c’est avec un immense plaisir, évidemment que je m’endette autant.

A bientôt dans les librairies donc, mais pas tout de suite.

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Mary Blue Melville

PS : mon psy me dit que ce manque de discernement, cette précipitation à ne pas lire avant d’appeler tout le monde pour crier victoire est certainement dû à un besoin un peu maladif de reconnaissance. … Ben… oui. Je crois bien que c’est ça. Donc la prochaine fois, j’attends une heure, j’appelle tout le monde et je lis ensuite. Toutoutou toutoutouyou!… pour ceux qui ne la reconnaissent pas cela fait allusion à la musique du carnaval de Rio.
Ghost Munster. Chapitre douze (part 2)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 2)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 2)

Ghost Munster.

Chapitre douze (part 2)

illustration du chapitre douze de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

M’enfin, pense-t-elle ahurie, qu’est-ce qui se passe ici !

Le sentiment que tout lui échappe la submerge de nouveau et l’angoisse reprend ses droits sur ses pensées. Abattue, Clémence jette un œil inquiet et interrogateur à Robert qui lui adresse un petit hochement de tête hésitant, signifiant, elle l’espère que tout est en ordre. Du moins, pour le moment en conclue Clémence.

Hé bien, soupire une Clémence tourmentée, il est grand temps de passer aux choses sérieuses et de donner à tous ces apprentis-ghosts les leçons de premières nécessités si on ne veut pas qu’il arrive d’autres catastrophes.

            Clémence fait signe à Jeanne, Billy et Shark de se mettre devant elle pendant que Robert se met discrètement à côté d’eux pour continuer à les surveiller et scrute les alentours à la recherche de Charlie. Clémence fronce les sourcils en se demandant ce que cherche ainsi Robert et entame son cours principal, celui de la manipulation de la matière sombre.

            – Ce que nous allons commencer à apprendre aujourd’hui est la maîtrise de la matière meuble ou sombre. Autant vous dire que c’est votre leçon la plus importante de toute votre carrière d’apprenti. Alors ouvrez vos esprits au maximum, s’il vous plait, car la maîtrise de cette leçon est fondamentale, et Clémence pour appuyer ses affirmations essentielles regarde chacun au fond de l’esprit.

            Les apprentis-ghosts sentent par tous les sens de leurs particules que le moment est capital. Ils ouvrent tous des yeux hagards et des bouches avides, pressés d’acquérir enfin des pouvoirs qu’ils ont jusqu’ici seulement imaginer.

            – Cette matière, reprend Clémence sentencieusement, que certains vivants, en général scientifiques de profession, appellent matière noire ou non matière. Elle est composée de milliards de milliards de milliards de milliards de tritions qui, si vous avez quelques souvenirs de vos cours de physique nucléaire, seraient des sortes de super fermions bien que leur structure soit assez différentes. Il faut vous représenter une masse nucléaire non lisse qui soit plus au moins sphérique mais tridimensionnelle. Tridimensionnelle dans ce sens où elle se compose de trois sommets un peu allongés, comme des petits flagelles, si vous voulez, munis chacun d’un crochet souple à son extrémité. Crochet qui est en fait un petit chapelet de boson, nos petits médiateurs de forces entre les masses atomiques au comportement ici un peu particulier notamment dans la force d’interaction forte. Il faut que vous compreniez bien, chers apprentis de la matière sombre ou meuble, que les bosons spécifiques à chaque force ne travaillent plus comme dans la matière vivante que vous connaissiez jusqu’ici en unités d’un fermion à l’autre mais en collision en chapelet de deux à six bosons d’un trition à l’autre. Représentez-vous la petite expérience amusante du pendule de Newton. Vous avez cinq boules de métal alignées les unes à côté des autres et suspendues par des fils de fer à une barre. Lorsque vous lanciez la première boule de la file elle s’arrêtait au contact de la deuxième qui ne semblait pas bouger mais qui transmettait la force du mouvement jusqu’à la dernière qui s’envolait de l’autre côté et revenait avec une force moindre mais redonnait le mouvement jusqu’à la dernière boule et ainsi de suite. C’est à peu de chose près ce qu’il se passe avec nos chapelets de bosons que nous appellerons bosarandoles, une contraction de boson et de farandole si vous le voulez bien. Ils ont la particularité de pouvoir se lier à d’autres bosarandoles d’autres tritions et de changer de masse atomique dans la limite de deux à six sur une même file. Ni moins, ni plus ! C’est très important de vous le rappeler car la réaction atomique est toujours possible même dans notre matière hyper meuble. Bref tout ceci rend toute ces petites particules très « sociables » et surtout très volage et change l’aspect et les réactions des quatre forces élémentaires de la matière vivante et lumineuse qui sont, je vous le rappelle, les forces d’interaction forte, d’interactions faible, électromagnétique et de gravité. Et parce que tous ces super fermions ou tritions n’ont qu’une envie, se lier les uns aux autres dans un ordre sans cesse changeant, sans jamais se fixer, dans le plus parfait désordre, cela nous donne une espèce de mélasse hyper massive, absolument non coordonnée et donc sans aucune forme ou luminosité. C’est une forme de pluie incessante de particules qui ne tombe pas mais qui s’éparpille en couches les unes sur les autres. Pour les vivants elle apparaît noire ou transparente mais pour nous qui en faisons partie, elle est plus comment dire, « parlante ». Bien sûr, vous avez l’habitude de « comprendre » l’air ambiant comme une dimension transparente, votre esprit refait ainsi le transfert de votre ancien savoir et la mélasse vous reste donc invisible. Mais si vous vous concentrez un peu vous verrez toutes les particules plus ou moins concentrées selon que votre volonté les guide ou non. Evidemment, « voir » tout le temps la mélasse n’est pas spécialement confortable et tend à nous faire confondre les différentes formes. Ça s’éloigne un peu trop de ce que l’on a l’habitude de maîtriser. Donc, je vous conseille de vous concentrer sur une petite partie de cette hyper mélasse si vous voulez la voir. Pensez à un espace délimité en forme de planche, ce sera déjà suffisamment difficile à maintenir. Il existe plusieurs dimensions ou plans dans cette hyper mélasse comme je vous le disais lors de notre cours sur le temps. Nous pouvons en maîtriser une certaine partie, celle de notre dimension. Nous jouons sur les dimensions des espaces plans. Nous en avons trois privilégiées sur les douze existantes qui sont l’unitaire, celle des particules élémentaires, la quinquaire, la dimension appelée quatrième dimension par les inventeurs de la science fiction humaine et la sextaire, trois dimensions dans lesquels nous pouvons nous déplacer. Ainsi que quelques interventions dans les troisième et quatrième dimensions terrestres. Car nous évoluons dans une des dimensions supérieures ou transversales, selon le point de vue, dans cette hyper mélasse qui occupe quand même un quart de l’univers. Alors que la matière lumineuse et carnée dite « vivante » n’a pour terrain de jeu qu’à peine cinq pour cent de la matière de l’Univers. Nous avons donc à notre disposition une matière hyper massive, hyper malléable et pour ainsi dire infinie. Très, très, très malléable est sa particularité ce qui constitue la première grande difficulté de cette maîtrise de l’hyper matérialité qui vous attend, résume Clémence dans un geste théâtral qui pointe du doigt le petit groupe d’apprentis ghosts.

            Là, évidemment, on se dit que Clémence parle forcément dans le vide depuis au moins dix bonne minutes. Elle a devant elle un public de jeunes plus ou moins avancés dans les études et plutôt moins que plus surtout dans celles dites de la physique nucléaire. La logique, même quantique, ne peut ignorer que ça va leur passer à des millions de kilomètres au dessus la tête. D’ailleurs, les bouches ouvertes et les mentons tombés témoignent d’un certain ébahissement, et même d’un ébahissement certain.

            Pourtant cet air idiot qui s’est plaqué sur les visages adolescents et boutonneux des apprentis n’est pas la preuve de leur débarquement sur le bord de la route du savoir spirituel et atomique mais, tout au contraire, le témoignage de leur étonnement face à la facilité avec laquelle ils absorbent toute cette explication savante.

            Incroyable ! Trop de la balle ! D’enfer ! Nom de Lao tseu ! sont quelques exclamations parmi bien d’autres qui explosent dans les esprits en hyper apprentissage.

            – Donc, poursuit Clémence avec ce ton doctoral qu’elle affectionne et absolument sans inquiétude sur les capacités cognitives de ses élèves, une fois que vous avez bien à l’esprit la représentation de ces tritions et de ces bosarandoles, votre travail consistera à organiser ces particules pleines de bonne volonté en choses cohérentes qui pourront vous donner soit de l’énergie pour déplacer des objets, soit un champs de force pour vous protéger, soit un tunnel de déplacement d’aura, soit une apparence différente pour cette dernière. Et pour commencer cette première leçon, vous allez d’abord me montrer par un miroitement léger, je dis bien léger, que vous savez repérer et assembler ces particules. Il vous suffit de vous concentrer sur quelques unes et de penser à les maintenir dans un ordre cohérent, le plus simplement possible sera le mieux. Par exemple deux par deux en ligne d’une douzaine, ce serait déjà très bien. Et maintenant jeunes ghosts, à vos particules !

            Le coup de feu est donné, les hostilités démarrent tout de suite dans un joyeux bruit d’exclamation et d’excitation. Et la concurrence inévitable quand il s’agit d’adolescents devant un défi fait tout de suite rage parmi les jeunes esprits.

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

Ghost Munster. Chapitre douze (part 1)

Ghost Munster.

Chapitre douze (part 1)

Cours subatomique pour ghosts quantiques

illustration du chapitre douze de Ghost Munster. Par Mary Blue Melville

            Dans le grenier des MacDonell, Clémence est rongée par l’inquiétude et des doutes affreux. Elle est loin de ressentir la belle assurance que Robert lui prête. Son esprit est en ébullition et elle essaie désespérément de comprendre ce qui s’est passé. Elle a bien senti comme un appel au lointain tout à l’heure mais le temps de se retourner, elle a vu Robert et les trois apprentis Munster, Brie et Shark, disparaître dans un vague halo rose et blanc. Comme si une énorme layette spectrale les empaquetait et les emmenait faire un tour.

            Stupéfaite et démunie. Voilà comment elle s’était sentie. Surtout après l’épisode hurlant de Pierrette et la bataille d’égo avec Prospère, elle n’en menait pas large et elle devait utiliser toute sa détermination pour ne pas devenir aussi brouillée qu’une omelette. Les apprentis ghosts restés avec elle la regardaient plein d’anxiété. Supposant certainement qu’elle allait savoir quoi faire et quoi leur dire. Elle était pourtant bien incapable de l’un comme de l’autre. Et elle déambulait devant eux de plus en plus vite au rythme de plus en plus effréné de ses questionnements.

            Par tous les trous noirs de l’univers ! Ce que j’aimerai avoir des ongles à ronger ! s’angoisse Clémence. Mais où avaient-ils bien pu passés ?! Quelle était cette chose qui les avait embarqués ? Et comment l’âme de cette pauvre femme avait bien pu disparaître ?! se rappelle soudain Clémence avec effarement. Et pourquoi Turlututu s’était-il caché au milieu de cet imbroglio ? Ce n’était pourtant pas son genre de rester dans des endroits aussi fréquentés, surtout par des vivants et des apprentis ! C’est un gardien, pas une nounou !

            Depuis qu’elle avait eu cette fameuse idée qui avait germée dans son esprit et qui n’avait fait que la tarauder pendant des siècles, elle avait constaté des anomalies de plus en plus nombreuses dans le fonctionnement de la Maison Mère. Elle avait eu des doutes de plus en plus forts au fur et mesure qu’elle découvrait de nouveaux accrocs dans la matière meuble qui les accueillait, la matière noire comme l’appelait depuis peu les savants vivants. Elle se demandait même avec effarement et en même temps avec un peu de soulagement si tout ça n’était pas dû à son esprit tout à coup dévoyé. Elle ne pouvait jurer que sa nouvelle façon d’appréhender les fondations de la destinée était responsable de toutes ces aberrations mais elle ne pouvait pas plus affirmer qu’elle ne l’était pas. Et cela aussi la rendait très, très nerveuse car tout ce que Clémence ne pouvait pas contrôler était pour elle comme une preuve de ce qu’elle se doutait depuis l’apparition de l’humanité, une force nouvelle opérait en souterrain. Le problème était que Clémence ne savait pas déterminer de quel côté penchait cette force. C’est d’ailleurs ce qui l’avait conduite à chercher une autre issue à son sacerdoce d’âme bleue. D’où cette entreprise extravagante qu’elle avait imaginé et dans laquelle elle avait entraîné Robert et quelques autres âmes bleues en mal de liberté.

            Seulement, les choses et les esprits lui échappaient de plus en plus. Et c’était insupportable !

            Elle commençait même à se demander si les petits mensonges qu’ils avaient donnés sur les langues que Robert et elle parlaient par exemple n’allaient pas se retourner contre eux. Il était pourtant indispensable que Billy et Jeanne, comme elle les appelait encore à part elle, s’imaginent que Robert et elle-même avaient été des humains comme eux. Il leur fallait croire à un lien de parenté car si Robert, elle et les autres âmes bleues n’étaient pas considérés comme d’anciens humains, elle n’était pas certaine qu’ils prendraient leurs défenses, qu’ils les aideraient. Les humains étaient si compliqués, si complexes et si fascinants. Elle avait tant hâte de goûter enfin à cette incarnation qui leur était interdite.

            – Excusez-moi, maître Clémence, fait prudemment Macht en interrompant Clémence dans ses profondes réflexions et prenant du même coup la parole pour le petit groupe qui entre-regarde avec une anxiété grandissante. Mais… pardon de vous déranger,… cependant… est-ce qu’on ne pourrait pas commencer une première leçon ? finit-elle par lâcher d’un coup. Puis voyant que la foudre ne lui tombait pas dessus, elle s’enhardit un peu plus… Parce que sans vouloir vous offenser, on se demande un peu si c’est une école ou un cirque ici !

            – Mais enfin, Macht ! la rabroue Passie effarée par l’audace de sa sœur. Hum, hum… fait la jeune flamande au teint sombre, l’anxiété suant derrière ses lunettes en forme de grand papillon carré. Mais, continue-t-elle cependant courageusement, c’est vrai que si on pouvait avoir l’impression un tant soit peu d’être en apprentissage, ça nous paraîtrait moins long et, comment dire… ce ne serait pas dommage ! conclue-t-elle finalement avec autant d’impertinence que sa sœur précédemment.

            – Et c’est moi qui exagère ! Pfffuu, siffle Macht en levant les yeux au ciel.

            – Pardon ?! s’offusque Clémence dont la présence des apprentis lui revient brutalement à la conscience. Evidemment, apprentie ghost ! Mais il est normal d’attendre que tout le monde soit présent, il me semble, non ? jette Clémence avec hauteur. Il n’est pas question de donner un quelconque cours de quoi que se soit s’il manque une partie de la classe. Ce serait parfaitement irresponsable ! insiste Clémence pleine d’agressivité nourrie par cette angoisse qui la taraude.

Les apprentis, choqués par la colère de leur professeur, restent pantois. L’effarement que lit Clémence sur les visages lui donne des remords et elle se demande si elle ne peut effectivement pas proposer une diversion en attendant que Robert revienne avec les autres apprentis.

– Mais puisque vous insistez, ajoute-t-elle avec agacement pour cacher son embarras, nous allons effectivement commencer un premier atelier d’activité. Activité numéro un : déplacement.

            – Déplacement ?! s’exclame, effaré, le plus grand des trois apprentis japonais. Mais nous le savons déjà comment nous déplacer, non ?! crache Tantoo avec dédain.

            – Vraiment ?! ironise Clémence. Et bien, nous vous regardons Tantoo. Déplacez-vous d’ici au bout du grenier là-bas.

            Clémence montre le fond du grenier qui doit bien faire une cinquantaine de mètre. Un pli d’amertume se forme au coin de la bouche du japonais à l’énoncé de cette tâche si indigne de sa personne. Les sourcils levés, Tantoo consulte ses deux comparses d’un air de profond scepticisme quant à la valeur de ce professeur. Puis, comme si l’honneur de l’Empire japonais en dépendait, il se drape de sa dignité comme d’une toge, et s’avance lentement mais grandement.

            Cela lui prend un peu de temps mais Clémence le laisse faire jusqu’au bout, un petit sourire énigmatique peint sur son visage. Quand Tantoo, arrivée au bout de son laborieux parcours, se retourne et relève le menton d’un air de défi, Clémence laisse son sourire s’épanouir.

            – Une très belle prestation, Tantoo… pour un vivant ! Une classe indéniable mais aucune maîtrise de la matière meuble ! lui lance-t-elle gaiement.

            Et dans une démonstration parfaite, Clémence fait d’abord vibrer l’air autour d’elle puis ouvre un tunnel de distorsion jusqu’à Tantoo et se laisse happer en laissant derrière elle une longue ligne bleue pour réapparaître auprès de l’apprenti. Ce qui en gros lui prend trois secondes et demie.

            – Ça, c’est une démonstration de déplacement, mon cher Tantoo, lui fait joyeusement Clémence avec un clin d’œil. Et devant l’air ahuri de ce jeune ghost si hautain quelques instants plus tôt, Clémence éclate d’un grand rire franc lâchant d’un coup un bonne part du stress accumulé. Ce qui ne lui était plus arrivé depuis longtemps et qui dans les circonstances actuelles lui remonte agréablement les batteries énergétiques.

            – Et encore, je vous l’ai fait au ralenti pour que vous puissiez apprécier la démonstration à sa juste valeur, continue gaiement Clémence. Non, en réalité je voulais vous parler du déplacement d’objet. Prenez mon bras, Tantoo, lui dit Clémence avec gentillesse, ce que fait le japonais avec réticence car il n’a pas apprécié d’être l’objet de moquerie de son maître.

            Une fois son apprenti accroché, Clémence rassemble les particules positives et négative que son rire et son lâcher de stress ont laissés autour d’elle et recommence la démonstration mais beaucoup plus rapidement cette fois-ci.

            Au moment où Clémence réapparaît devant le petit groupe, Tantoo accroché à son bras, elle voit les yeux de ses élèves s’agrandirent de stupéfaction. Satisfaite de l’effet qu’elle a obtenu, elle se tourne vers Tantoo pour le remercier de sa collaboration et c’est à cet instant qu’elle voit ce qui a réellement stupéfait ses apprentis. Robert, Billy, Jeanne et Shark se sont matérialisés en même temps que Clémence et Tantoo et se regardent les uns les autres, encore perturbés par ce qu’ils viennent de subir et étonnés de se retrouver après ça précisément aux côté de Clémence.

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