A very special game. Suite 1

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A very special game.

Chapitre 1. Suite 1

Hier, il était moustachu, se souvint tout à coup Mr. Bankroft. Mais, oui! Il était derrière l’étal des fruits et légumes chez Marks & Spencer habillé en employé du magasin et rangeait des pommes au milieu des oignons sous le regard outré d’une vieille anglaise en train de se servir, ce qui l’avait déjà beaucoup amusé. Et mardi, deux jours avant, maintenant qu’il y repensait, il l’avait vu barbu et vindicatif au guichet de la poste, servant un pauvre pakistanais complètement abasourdi et bégayant devant l’absence totale de bonnes manières anglaises chez cet anglais d’origine. Gérard Bankroft savait que c’était le même homme car il remarquait instantanément les particularités physiques des gens. C’était sa particularité à lui, remarquer les petits défauts qui font des visages des décors toujours uniques. Il imprimait dans sa mémoire les structures faciales et les classait instantanément et presque inconsciemment par thème : ossature plate, bombée, sourire en demi-lune, œil « goutte de gras fondu », « feuille de troène », ou « ver de bois », lèvres « chenille », « limace », ou « plat à tajine », laissant libre court à son imagination de biologiste et de cuisinier. Il avait même fait un catalogue personnel des différents grands groupes de visages avec des recoupements inter-raciales, s’amusant de reconnaître chez un asiatique les caractères particuliers et marquants d’un autre visage, africain celui-là, aperçu quelques temps plus tôt ou, encore, le même nez busqué qui faisait rapprocher les yeux de cet anglais hargneux de « pure souche » et qui se retrouvait dans le visage de ce gitan agressif venu de Roumanie. Et cet homme, qu’il avait remarqué toute cette semaine, déguisé différemment, avait une structure osseuse très particulière qui donnait l’impression que son front et son menton avaient du mal à suivre son nez qui était passé devant en entraînant tout le reste. Un homme mené par le bout de son nez, pensa Gérard Bankroft le visage impassible mais l’œil frisant de malice.

Et la part très scientifique de Mr. Bankroft se dit en s’amusant qu’il serait intéressant de voir quelles réactions aurait cet individu qui visiblement était au courant de ses rituels quotidiens, s’il changeait quelque peu ses habitudes. Ce qu’il fit dès la fin de la journée, en sortant du Collège St John. Après avoir accepter l’invitation des ses collègues à prendre un verre au pub irlandais du coin, ce qu’il refusait toujours très gentiment et qui laissa planer un vide dans la conversation, tant personne ne s’y attendait, il prit même cet affreux couvre-chef que lui avait offert sa mère pour l’obtention de son poste de professeur et qui lui donnait un air de Sherloch Holmes suranné et bon marché. Il avait passé un bonne soirée et le lendemain, il était parti vingt minutes avant son heure habituelle pour prendre le métro et une autre ligne de bus et était revenu le soir après s’être attardé en salle des professeurs par un chemin encore différent.

Il s’était vraiment beaucoup amusé pendant près d’un mois, mais ne voyant plus l’homme en question, il avait repris sans plus y penser son train-train habituel.

Mais ça, c’était quand il était encore insouciant, qu’il n’avait pris la mesure de la situation. Aujourd’hui en revoyant par hasard ce profil au bout de sa rue, Monsieur Bankroft ne s’amusait plus du tout. Il fit demi-tour et se faufila précipitamment dans un petit recoin invisible à côté de son porche. L’homme qui l’avait sûrement vu sortir, sembla soudain nerveux et tourna la tête de tous les côtés, remontant la rue d’un pas précipité.

Cette fois, pas de doute, il était suivi. « Mon Dieu! » pensa Monsieur Bankroft, mais qu’est ce qui pouvait bien lui arriver! Depuis quand exactement, sa vie était-elle sous les feux de la surveillance des… de… Mais qui pouvait bien vouloir perdre son temps à le surveiller?! C’était incompréhensible et donc, très inquiétant!

Monsieur Bankroft est depuis quelque temps, un homme qui se sent épié, acculé par tout un tas de petits événements presque anodins mais chaque fois déplaisants. Son courrier semble avoir été ouvert, son chien était mort dans de mystérieuses circonstances, sa voisine qui était parti en voyage, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’ici, faisait quand même beaucoup de bruit la nuit pour une touriste en plein voyage hispanique et son banquier lui certifiait qu’il avait toujours eu un compte en banque très bien rempli, ce qui était impossible car il avait était un petit professeur de collège dont le salaire payait tout juste son loyer et ses charges… D’ailleurs maintenant qu’il y pensait, il n’avait plus été prélevé de ce loyer depuis…

Depuis…

Depuis qu’il avait vu pour la première fois passer cette horrible Bentley grise aux vitres fumées, le jour de l’enterrement de sa mère… Et sans savoir pourquoi, tout ça donnait à Monsieur Bankroft d’étranges suées froides. Il lui fallait trouver quelqu’un pour l’aider, il devait résoudre tous ces mystères sinon il allait devenir fou…

 A very special game, à suivre…

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